© UNHCR/B.Szandelszky

Entre Etat et individu: qui est menacé?

Depuis plusieurs années, on observe la montée de discours populistes en Europe, où les personnes en quête de protection sont considérées comme une menace à la sécurité étatique. Doublés de politiques excluantes, ces discours reflètent la prédominance d’une approche sur la migration, dans laquelle la sécurité des Etats prédomine sur celle des individus.

Enjeux d’une vision sécuritaire sur la migration

La migration est souvent abordée sous un angle sécuritaire par les autorités, des partis politiques et les médias. En témoignent les discours politiques rapportés aux Etats-Unis, en Hongrie, en Suisse ou en Allemagne, visant à contrôler et fermer les frontières ainsi qu’à discréditer les personnes en quête de protection, au point de les rendre menaçantes pour la sécurité d’un pays. Elle s’accompagne généralement de décisions politiques, qui cherchent à stigmatiser et exclure les migrant-e-s, comme les récents décrets anti-immigration aux Etats-Unis. Cette optique et cette manière de procéder sont dangereuses et problématiques puisqu’elles alimentent la xénophobie et entretiennent un climat de peur. Elles érigent des murs symboliques  et des murs physiques, comme l’illustrent les clôtures à Calais, à Melilla ou encore à la frontière entre la Hongrie et la Serbie entre citoyen-ne-s européen-ne-s et personnes en quête de protection.

Dans ce contexte, le discours sécuritaire vise principalement à construire une unité fictive, un « nous » national exclusif, face à celles et ceux qui se trouvent en dehors de cette communauté. 

Et si on renversait la perspective ?

En tentant d’adopter la perspective de la sécurité telle qu’elle est perçue par une personne en quête de protection, nous pouvons nous concentrer sur un autre point de vue; celui où l’Etat est perçu comme une menace. Dans cette approche, la source d’insécurité ne provient pas d’un agresseur extérieur mais de l’Etat lui-même, qui n’est plus en mesure d’assurer la protection de son peuple. On l’observe notamment en Afghanistan avec l’intensification des attaques et en Erythrée, où il existe depuis des années des cas documentés de multiples violations des droits humains.

Les menaces n’émanent pas seulement de l’Etat d’origine des personnes en quête de protection mais se profilent également au sein des Etats par lesquels elles transitent durant leur parcours migratoire. Les arrestations aux frontières, les renvois dans le cadre des accords de Dublin ou encore les risques d’être victime de traite humaine représentent tout autant de dangers sur le chemin de l’exil. Une fois arrivée à destination, les menaces se poursuivent dans le pays d’accueil, entre autre avec l’attente d’une décision en matière d’asile, la possibilité d’être renvoyé, la privation de liberté de mouvement,  l’insécurité économique ou encore les crimes de haines.

Tous ses éléments permettent de saisir et d’appréhender, bien que relativement, ce qu’endurent les personnes en quête de protection. Une telle approche, centrée sur la sécurité des individus et non de l’Etat, permet non seulement de s’intéresser aux différents aspects de l’insécurité des migrant-e-s mais elle propose également de renverser la conception classique de la sécurité de l’Etat en focalisant le débat sur la protection de l’individu.

Par Karin Mathys, responsable communication au sein de l’OSAR

Des faits plutôt que des mythes N°107