Miriam Behrens, Directrice de l’OSAR et Peter Merz, Directeur de l’EPER, lors de la remise de la pétition «Des voies sûres pour sauver des vies» le 28 juin 2018. © OSAR

Ouvrir des voies légales pour les réfugiés par des moyens nouveaux et éprouvés

La Suisse a-t-elle les moyens d’accueillir plus de personnes en quête de protection? Avec plus de 38’000 signatures récoltées en trois mois, la société civile répond «Oui» et demande au Conseil fédéral d’agir rapidement avec les cantons, en augmentant le contingent annuel des réfugiés à 10’000 dans le cadre du programme de réinstallation.

La pétition intitulée «Des voies sûres et légales pour les réfugiés», lancée début mars 2018 par l’Entraide Protestante Suisse (EPER) et l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), a été déposée aujourd’hui avec 38 000 signatures. L’opposition soutient souvent le mythe selon lequel la Suisse ne peut plus accepter des personnes supplémentaires en quête de protection. Le fait n’en demeure pas moins que, cependant, l’accueil comme l’intégration sociale et professionnelle des personnes forcées de fuir peuvent être rendus beaucoup plus efficaces par le biais de contingents de réinstallation permanents.

Chiffres actuels

Plus de 68,5 millions de personnes ont fui aujourd’hui la guerre, la violence et les persécutions, a rapporté le HCR à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié le 20 juin 2018. 85 pour cent des demandes d’asile sont reçues par des pays comme l’Ouganda et le Bangladesh, tandis que le nombre de nouvelles demandes d’asile a fortement diminué en Suisse et dans les pays européens depuis 2017. Près de six millions de Syrien-ne-s ayant fui leur pays vivent pour la plupart dans des camps surpeuplés en Turquie, en Irak, en Jordanie et au Liban dans des conditions extrêmement difficiles.

Accueillir par an 10’000 personnes en quête d’asile

La pétition susmentionnée appelle entre autres à une stratégie de réinstallation à long terme: les quotas d’admission doivent être augmentés de façon permanente à 10’000 personnes par an. Tous les acteurs, non seulement la Confédération et les cantons, mais aussi la société civile, doivent participer à l’accueil et à l’intégration des réfugié-e-s du contingent. La compensation pour les cantons participant, dans le programme de réinstallation en cours de 2017 à 2019, s’élève à CHF 11 000 par personne; celle-ci doit être ajustée en conséquence. Grâce à sa participation active au programme du HCR, la Suisse est un partenaire international fiable et, corollairement, bénéficie d’un soutien professionnel pour la sélection et les tâches logistiques.

La Suisse pourrait également recourir à d’autres instruments existants, tels que les visas humanitaires ou le regroupement familial élargi, afin d’épargner aux personnes contraintes de fuir d’emprunter des voies potentiellement mortelles. De nouvelles procédures alternatives telles que le parrainage privé ou les programmes de bourses d’études pour les réfugié-e-s peuvent également être envisagés. Au niveau politique, et ce depuis 2016, le Conseil fédéral semble prêt à «examiner dans quelle mesure il faudrait élaborer un projet de loi visant à poser les fondements d’une collaboration approfondie avec des organisations privées lors de futures campagnes d’accueil menées au moyen des instruments à disposition». Ce serait un grand pas pour promouvoir la compétence et l’engagement de nombreuses organisations, groupes religieux, associations sociales et d’individus. Leur soutien est très bénéfique au processus d’intégration sociale et professionnelle des réfugié-e-s, et est indispensable aux cantons et aux communes.

L’accueil des réfugié-e-s contingenté-e-s est prévu par la loi suisse sur l’asile (LAsi) et a fait ses preuves dans la pratique depuis les années 1950. En 1957, environ 13 000 réfugié-e-s hongrois-e-s ou, entre 1975 et 1983, quelque 8 200 «boat people» vietnamiens avaient trouvé refuge en Suisse. De même, pendant la guerre en Yougoslavie, des milliers de personnes des différentes régions en guerre ont été accueillies. La Confédération, les cantons, les communes et la population ont bien maîtrisé les défis qui en découlent. Ils ont pu préparer l’accueil et la distribution des personnes meurtries par la guerre et contribuer à façonner les mesures d’intégration.

Un grand nombre d’ancien-ne-s réfugié-e-s contingenté-e-s travaillent aujourd’hui dans des secteurs manuels où il y a une pénurie de main-d’œuvre qualifiée; leurs enfants sont bien éduqué-e-s et désormais irremplaçables pour l’économie suisse et le financement des institutions sociales dans une société démographiquement vieillissante.

Par Barbara Graf Mousa, rédactrice à l‘OSAR (traduit de l’allemand)

Des faits plutôt que des mythes N° 128 / 28 juin 2018