Attentat à Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, en mai 2017. © Keystone

Victimes civiles en Afghanistan: «dommages collatéraux» ou cibles directes?

Une amélioration de la situation sécuritaire n’est toujours pas en vue en Afghanistan. De nombreuses attaques à Kaboul, la capitale, ainsi qu’une augmentation des menaces pesant directement sur la population civiles ont notamment été observées en 2017.

Le 15 février 2018, la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a publié son rapport annuel 2017 sur la protection de la population civile dans les conflits armés en Afghanistan. Bien que le nombre attesté de victimes civiles en 2017 a connu une baisse de neuf pour cent par rapport à celui de 2016, il dépasse encore les 10 000 morts et blessés. Toutes les victimes ne sont pas des «dommages collatéraux», les attaques ciblant depuis un certain temps davantage les civils.

Situation sécuritaire précaire dans tout le pays

Les statistiques publiées par la MANUA sur le nombre de victimes sont issues d’une méthodologie très rigoureuse. Pour être prise en compte dans les statistiques, chaque victime civile doit en effet avoir été confirmée par trois sources indépendantes distinctes. Le nombre évoqué se situe donc certainement bien en deçà de la réalité, comme l’a souligné le Tribunal administratif fédéral dans son arrêt de principe du 13 octobre 2017.

Par conséquent, compte tenu de la situation sur place, une amélioration de la situation sécuritaire n’est toujours pas en vue en Afghanistan. De violents combats ont actuellement lieu entre les talibans et les forces de sécurité afghanes dans la province de Faryab, où les talibans sont parvenus à s’emparer de la majorité des districts en 2017. Début mars 2018, la capitale provinciale de Maimana était pratiquement en état de siège. Les groupes d’opposition armés livrent combat non seulement contre le gouvernement et les troupes étrangères, mais également entre eux. Ainsi, en janvier 2018, les talibans ont tenté de s’emparer de certaines parties de la province de Jawzjan placées sous le contrôle d’un commandant autoproclamé de l’État islamique (EI/Daech), qui avait auparavant combattu pour les talibans.

Selon le rapport complémentaire sur l’examen trimestriel publié fin janvier 2018 par l’inspecteur général spécial du Congrès américain pour la reconstruction de l’Afghanistan, le contrôle du gouvernement afghan sur le pays n’a cessé de se réduire. En octobre 2017, celui-ci contrôlait uniquement 56% de l’ensemble des districts du pays. Le nombre de districts contrôlés ou influencés par des groupes armés d’opposition a ainsi doublé depuis 2015.

Attaques dans la capitale

La capitale, Kaboul, a été la cible de nombreuses attaques en 2017 et début 2018 de la part de groupes armés d’opposition, notamment les talibans et l’EI/Daech. Les institutions gouvernementales et étrangères restent des cibles importantes, mais nombre d’attaques visent également la population civile. Le 31 mai 2017, 90 personnes ont été tuées et 460 blessées – la plupart des civils afghans – lors d’une attaque dans le quartier diplomatique de Kaboul. Une attaque des talibans visant un poste de police de Kaboul a fait au moins 95 morts le 27 janvier 2018 et en a blessé 158 autres. Des véhicules de l’ambassade d’Australie ont été la cible d’une attaque non revendiquée le 2 mars 2018, qui a coûté la vie à une fillette de six ans et blessée 22 autres civils afghans.

De plus en plus souvent, les victimes civiles ne sont pas des «dommages collatéraux». En effet, un nombre toujours plus important d’attaques a pour cible directe la population, notamment à Kaboul, la capitale. Ainsi, le 13 septembre 2017, des inconnus ont attaqué un stade de cricket, tuant au moins trois personnes et en blessant au moins sept autres. Par ailleurs, l’EI/Daech est responsable d’un grand nombre d’attaques contre des civils, dont une série d’attaques contre des mosquées chiites à Kaboul le 15 juin 2017 (cinq morts et six blessés), le 25 août 2017 (jusqu’à 40 morts et 100 blessés), le 29 septembre 2017 (au moins cinq morts, 20 blessés), le 21 octobre 2017 (au moins 56 morts et 55 blessés).

En outre, l’EI/Daech a tué au moins quatre personnes et blessé 13 autres dans le quartier diplomatique de Kaboul le 31 octobre 2017. Une autre attaque lancée le 7 novembre 2017 par l’EI/Daech contre une chaîne de télévision a par ailleurs blessé 20 personnes et tué un agent de sécurité. Le 28 décembre 2017, un centre culturel chiite et une agence de presse afghane ont été la cible d’une attaque de l’EI/Daech. Le bilan est lourd: au moins 41 morts et plus de 80 blessés. Enfin, plus récemment, le 9 mars 2018, au moins neuf personnes ont été tuées et 18 autres blessées lors d’une attaque de l’EI/Daech lors d’un rassemblement chiite.

Augmentation drastique des menaces pesant sur la population civile

27 pour cent des victimes civiles vérifiées par la MANUA dans le pays en 2017 sont le résultat d’attentats ou d’attaques ciblant des personnalités religieuses ou des rassemblements et bâtiments religieux ou dirigés contre des employés civils du gouvernement ou encore perpétrés sans discernement dans des zones habitées par la population civile. Les talibans comme l’EI/Daech se sont donc rendus coupables d’attaques contre des civils, ce qui constitue une violation grave du droit international humanitaire.

Il est affligeant de constater que les attentats et attaques dirigés contre des institutions étatiques et internationales continuent de causer tant de «dommages collatéraux» parmi la population civile. Cependant, il est encore plus grave de constater que les attaques ciblant directement les civils ont connu une augmentation depuis début 2017, aggravant davantage encore les menaces pesant sur la population afghane. Reste à présent à savoir si le gouvernement afghan, qui a proposé de nouvelles négociations de paix aux talibans le 28 février 2018, parviendra à contribuer à une amélioration durable de la situation sécuritaire.

Par Anne-Kathrin Glatz, experte pays à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR (traduit de l’allemand)

Des faits plutôt que des mythes N° 122 / 22 mars 2018