Roms du Kosovo: entre le marteau et l’enclume

Face aux velléités des autorités suisses d’accélérer les renvois de Roms du Kosovo, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR met en garde: les conditions d’existence des Roms sont déplorables au Kosovo, et leur avenir demeure très sombre. Aucune alternative de refuge ne s’offre à eux en Serbie. Dans ces conditions, des renvois apparaissent irresponsables.

Suite à la déclaration d’indépendance du Kosovo et à sa reconnaissance par la Suisse, l’Office fédéral des migration (ODM) entend durcir sa pratique à l’égard du renvoi des minorités ethniques du Kosovo que sont les Serbes, Slaves musulmans, Roms de langue serbe, Roms de langue albanaise, Ashkali et «Egyptiens». L’ODM veut désormais partir du principe que les membres des minorités qui maîtrisent la langue serbe peuvent trouver refuge dans le Nord séparatiste du Kosovo ou en Serbie même. A moins qu’ils ne présentent une vulnérabilité particulièrement marquée, les intéressés ont toutes les raisons de craindre que leur renvoi soit considéré comme raisonnablement exigible.

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR ne saurait partager cette appréciation et met en garde contre une pratique susceptible d’engendrer des drames humains au sein de communautés romes largement discriminées au Kosovo et trop faibles pour pouvoir défendre leurs intérêts.

Les Roms du Kosovo connaissent des conditions de vie extrêmement précaires et vivotent dans des conditions souvent irrespectueuses de la dignité humaine. Leur relative sécurité tient avant tout au fait qu’ils demeurent confinés dans des camps et des enclaves. Cela implique néanmoins un isolement social qui entrave leur accès aux institutions sociales, écoles et structures médicales. Leur situation est tout aussi préoccupante dans le Nord du Kosovo, à dominance serbe, et n’est guère meilleure en Serbie même.

Les efforts entrepris en faveur des communautés romes sont demeurés modestes au cours des années passées. En particulier, la mise à disposition de logements en faveur des personnes déplacées n’a pas connu d’avancée notable. Or le renvoi de Roms met à mal ces capacités d’accueil déjà très limitées. Face à l’étendue du problème, on ne saurait partir du principe que les personnes concernées disposent d’une alternative de refuge valable au Nord du Kosovo ou en Serbie.

La proclamation de son indépendance par le Kosovo va sans doute encore aggraver la situation de ses communautés romes car, désormais, la présence internationale va s’amenuisant tandis que s’accroissent les rivalités entre Serbes et Albanais. Il y a dès lors tout lieu de craindre que les grands oubliés de l’Histoire soient, une fois de plus, les communautés romes du Kosovo, démunies de tout et dépourvues de protecteurs qui défendent leurs intérêts.

Questions complémentaires:

Yann Golay, porte-parole, tél. 031 370 75 67 (ligne directe) ou 079 708 99 26.

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