La juriste et coordinatrice d’ELENA Grusa Matevzic; Photo: HHC

« La Suisse ne devrait pas renvoyer de requérants d’asile en Hongrie. »

La juriste et coordinatrice d’ELENA Grusa Matevzic s’engage au Hungarian Helsinki Committee (HHC) pour la protection et les droits des réfugiés et des requérants d’asile. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés s’est entretenu avec elle de la situation en Hongrie pendant une rencontre du Conseil européen sur les réfugiés et les exilés (ECRE) qui s’est tenue à Vienne à la mi-janvier.

par Adriana Romer, juriste de l’OSAR

La Hongrie est l’un des membres les plus récents de l’Union européenne EU. Cet État se fait de plus en plus remarquer par des durcissements de loi en contradiction avec les accords européens et internationaux. Qu’est-ce que cela signifie pour les réfugiés et les requérants d’asile en Hongrie ? Qu’est-ce que le Hungarian Helsinki Committee HHC peut faire pour les personnes concernées ? Grusa Matevzic répond à ces questions.

Comment se présente actuellement la situation générale en Hongrie ?

La situation est préoccupante. Depuis les élections parlementaires de 2010, l’État de droit a été systématiquement piétiné. Des dispositions législatives contraires aux droits humains ont suivi la ratification de la nouvelle Constitution sans l’approbation de l’opposition. Elles sont allées de pair avec la destitution prématurée de dirigeants d’institutions indépendantes et une prise d’influence sur la composition du tribunal constitutionnel. Sur le plan international, des voix ont critiqué le fait que quelques-unes des mesures édictées ne correspondent pas aux valeurs démocratiques et aux normes internationales.

Les frontières hongroises ont été fermées en septembre 2015. Le gouvernement mène une politique très hostile à la migration. Une fois de plus, il y a davantage de requérants d’asile en prison que dans les centres d’accueil ouverts.

Quel soutien le HHC apporte-t-il aux réfugiés ?

Nous sommes depuis 1998 un des partenaires exécutifs du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés HCR. Nous sommes aussi la seule organisation de Hongrie à proposer une aide juridique gratuite aux requérants d’asile. Durant les neuf premiers mois de 2015, nous en avons soutenu 1’201, dont deux tiers avec succès. Nous effectuons des visites de contrôle dans des établissements pénitentiaires pour immigrés clandestins et requérants d’asile. Suite à la violation de nombreuses prescriptions de l’UE relatives au droit d’asile, nous avons obtenu que la Commission européenne engage des procédures d’infraction contre la Hongrie en 2012 et en 2015. Pour ce faire, elle s’est basée sur les plaintes formelles déposées par le HHC. C’est un succès important de notre travail de lobbyisme.

Quel est le plus grand défi que vous rencontrez dans votre travail quotidien ?

Le sentiment d’impuissance quand on assiste à la ratification de toutes ces lois qui bafouent clairement les droits des requérants d’asile. Rencontrer des mandants et des mandantes qui reçoivent des décisions irrecevables au motif que la Serbie est considérée comme un pays tiers sûr et leur dire que les chances de succès devant le tribunal sont faibles. Il n’est pas non plus facile de rendre visite aux requérants d’asile emprisonnés, surtout quand il s’agit de personnes vulnérables, malades, dont les besoins particuliers ne sont en aucune façon pris en compte ou de mineurs dont l’âge a été déterminé de façon discutable.

Qu’advient-il des gens qui sont renvoyés de Suisse vers la Hongrie dans le cadre de l’ordonnance Dublin ?

Quelques-uns finissent en détention administrative, quelques-uns dans des centres d’accueil ouverts. On ne sait pas clairement qui est emprisonné et qui ne l’est pas. L’accès aux soins de santé est très restreint, surtout en ce qui concerne la santé psychique. Le contenu des demandes d’asile n’est généralement pas examiné, car la Serbie est considérée comme un « pays tiers sûr ». Le contrôle juridictionnel de la décision aussi bien que de la détention n’est pas efficace. Au cas où les requérants d’asile obtiennent effectivement un statut de protection en Hongrie, leur intégration est très difficile, faute de mesures efficaces. En raison de ces graves manquements dans la procédure d’asile hongroise, je suis d’avis que la Suisse ne devrait pas renvoyer de requérants d’asile en Hongrie.