Isolement de l’UE : l’exil n’est pas un crime

La décision de l’Union européenne (UE) de renforcer sa politique d’isolement est une manière de repousser davantage les personnes en quête de protection et de les criminaliser. Il est illusoire de vouloir répartir les personnes réfugiées de manière équitable sur une simple base volontaire. On est encore loin d’une juste clé de répartition.

«Au sommet de l’UE sur la politique migratoire, l’Europe a décidé de renforcer sa politique d’isolement», a déploré Peter Meier, responsable de la politique d’asile au sein de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), dans l’émission Arena de la chaine suisse alémanique SRF le 29 juin dernier. Ce qui est particulièrement cruel, c’est que cette politique de barricades de l’Europe vise à maintenir les personnes réfugiées hors de ses frontières, les privant ainsi de leur droit de demander l’asile. Pour entrer en Europe, elles seront donc contraintes d’emprunter des voies illégales et souvent mortelles.

Les camps d’accueil de l’UE criminalisent les réfugiés

Les États membres de l’UE ont certes confirmé qu’ils entendaient créer des camps d’accueil en Europe pour les personnes secourues en mer. Cependant, les prochaines étapes n’ont pas été abordées lors des négociations et n’ont donc pas été réfléchies dans le détail. Ainsi, les critères pour la répartition des personnes en quête de protection en Europe ne sont pas clairement définis et on ignore toujours qui souhaite véritablement accueillir ces personnes et sous quelles conditions. Du point de vue de l’OSAR, la création de tels camps fermés pose problème. Peter Meier l’a clairement souligné dans l’émission Arena : «L’exil n’est pas un crime. Et pourtant, les personnes seront détenues dans des camps pour la simple raison qu’il s’agit de réfugiés. » Sans équivoque, il fustige les États de l’UE: «En agissant de la sorte, l’UE apporte une légitimation politique à la violation du droit en vigueur. »

Les plateformes de débarquement sont une porte ouverte à l’arbitraire

L’OSAR s’oppose catégoriquement à la création de plateformes de débarquement dans les pays d’Afrique du Nord pour celles et ceux qui sont appréhendés en Méditerranée. Le sort réservé dans ces plateformes aux personnes en quête de protection n’est pas clair. Elles ne pourront en tout cas pas bénéficier d’une procédure d’asile équitable avec pour objectif l’Europe. Cette mesure les expose ainsi à l’arbitraire, comme le montre l’exemple de la Libye. Dans ce pays, les personnes placées dans des camps sont exploitées, extorquées, opprimées et violées. Les États d’Afrique du Nord ne sont pas des partenaires fiables lorsqu’il s’agit de respect des droits humains et ils ne peuvent guère offrir de perspectives aux personnes en quête de protection.

«L’exil n’est pas un crime. Pourtant, des personnes sont détenues dans des camps pour la simple raison qu’il s’agit de réfugiés.»

En dehors des déclarations d’intention visant à renforcer davantage encore son isolement, l’UE n’a présenté aucune solution le 28 juin. «Trente ans de politique d’isolement n’ont rien apporté», souligne Peter Meier. «Au lieu de s’obstiner à barricader ses frontières, il est peut-être temps que l’Europe ouvre des voies de passage. Il lui sera ainsi plus facile de contrôler qui vient en Europe. »

La réinstallation, une voie contrôlée

Sur le plateau d’Arena, Peter Meier a évoqué la pétition «Des voies sûres et légales pour les réfugiés» de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés et de l’Entraide Protestante Suisse. Celle-ci exhorte le Conseil fédéral et les cantons à développer et à consolider les programmes de réinstallation existants. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés examine, directement dans les zones de crise ou le long des voies d’exil, les besoins de protection des personnes particulièrement vulnérables et propose leur réinstallation. La Suisse pourrait ainsi examiner chaque cas de manière ciblée et faire venir directement les personnes concernées. Seules les personnes qui remplissent les conditions pour la qualité de réfugié et qui nécessitent une aide urgente peuvent venir en Suisse en bénéficiant du programme de réinstallation.