Mortaza Shahed dans la vieille ville de Berne. Image: @Med Ewaz

Une voix pour les personnes exilées en Suisse et admises à titre provisoire

Mortaza Shahed est caméraman et a réalisé à Kaboul des documentaires sur les programmes de réintégration et de réconciliation en Afghanistan. Il s’est du jour au lendemain retrouvé dans le collimateur du gouvernement, après avoir enregistré à son insu les propos d’un officier taliban, qui déclarait s’opposer au processus de paix. Mis sous pression et persécuté, il n’a eu d’autre choix que de fuir au Sri Lanka, puis à s’exiler en Suisse. Admis à titre provisoire durant deux ans, il a récemment obtenu le statut de réfugié reconnu. A travers son compte Twitter, il permet aujourd’hui aux personnes admises à titre provisoire de faire entendre leur voix.

Le compte Twitter My life in Switzerland@mylifeinswiss  est une plateforme pour personnes réfugiées admises « à titre provisoire ». Créé par Mortaza Shahed, il permet aux personnes directement concernées de faire part des difficultés qu’elles rencontrent au quotidien en raison de leur statut de personnes admises à titre provisoire.


Mortaza Shahed explique lui-même ses motivations:

« Nous l’avons vu: les parlementaires ne proposent qu’une réformette sur l’admission provisoire. A présent, les personnes réfugiées concernées peuvent faire entendre leur voix sur Twitter et partager leurs expériences avec ce statut.

Il est important de savoir pourquoi ce statut est problématique. Chaque personne concernée en Suisse en a fait et en fait l’expérience. Pourtant, celles et ceux qui peuvent décider ne veulent pas entendre. Ils se contentent de gratter à la surface du problème.

Or, de nombreuses personnes admises à titre provisoire sont désespérées. Certaines souffrent psychologiquement, ont des pensées suicidaires. D’autres ont déjà tenté de se suicider.

Parce qu’elles ne sont pas traitées humainement.

Parce qu’elles n’ont aucune garantie de pouvoir rester en Suisse.

Ce n’est pas un sujet simple: en Suisse, plus de 40’000 personnes vivent au dépend de ce statut provisoire. Elles n’en peuvent plus de ce statut injuste. Regardez la situation dans leurs pays d’origine… »

Les personnes admises à titre provisoire sont des personnes qui n’obtiennent pas l’asile, mais qui ne peuvent toutefois être renvoyées dans leur pays d’origine, par exemple parce que celui-ci est en proie à la guerre civile.

La position de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés sur l’admission provisoire

Les personnes admises à titre provisoire sont aussi vulnérables que les réfugié-e-s reconnu-e-s. L’expérience nous montre qu’elles restent en moyenne 10 ans en Suisse. Par conséquent, il est trompeur de nommer cette mesure de substitution « admission provisoire ». En outre, il est dans l’intérêt des personnes admises à titre provisoire et de la société suisse en générale de les intégrer rapidement et durablement.

Les ajustements suivants de l’admission provisoire faciliteraient amplement l’intégration durable de ces personnes dans la société:

  • Encouragement à l’intégration sur le marché du travail: il faut investir davantage dans les mesures de formation professionnelle. La mobilité constituant une condition essentielle pour l’intégration sur le marché de l’emploi, il importe également de faciliter le changement de canton.
  • Elimination des restrictions au regroupement familial: le règlement actuel, très restrictif, n’est pas juste et représente un obstacle à l’intégration.
  • Elimination des restrictions à la liberté de déplacement: ces restrictions ne sont pas justes au regard de la durée de séjour et du degré de vulnérabilité comparable à celui des réfugié-e-s reconnu-e-s.
  • Elimination de l’injustice liée à l‘aide sociale: les personnes admises à titre provisoire doivent bénéficier d’une aide sociale équivalente à celle des réfugié-e-s reconnu-e-s.

La Commission des institutions politiques du Conseil des Etats rejette la motion en faveur de la révision du statut de l’admission provisoire déposée par son homologue du Conseil national. Le 17 novembre 2017, la commission avait entendu les représentant-e-s des conférences suisses de directeurs cantonaux concernées, de l’Union des villes suisses et de l’Association des communes suisses au sujet de l’abrogation du statut des étrangers admis à titre provisoire. Malgré les arguments qui lui ont été présentés, elle n’est toujours pas convaincue de la nécessité d’abroger ce statut. Elle propose des modifications ponctuelles et dépose sa propre motion en ce sens. L’OSAR regrette cette décision qui ne prend notamment pas en compte le droit au regroupement familial, pourtant indispensable à l’intégration.

La motion « Adaptations ponctuelles du statut des étrangers admis à titre provisoire » sera traitée par le Conseil des Etats le mercredi 14 mars 2018.