L’attentat-suicide à la bombe perpétré le 18 août 2019 à Kaboul lors d’un mariage a fait 12 morts et plus de 80 blessés, dont de nombreux enfants.

Afghanistan : la violence n’est pas près de s’arrêter

Après 18 ans de guerre, la situation reste extrêmement dangereuse pour la population civile à bien des endroits en Afghanistan. Le conflit armé s’éternise. Les talibans contrôlent aujourd’hui plus de régions que jamais depuis 2001. Au vu des conditions de sécurité, l’OSAR considère toujours qu’il est inexigible de renvoyer les requérants d’asile afghans.

Alors que les conditions de sécurité ne cessent de se dégrader dans l’ensemble du pays, les autorités suisses continuent d’estimer exigible les renvoi de requérants d’asile afghans dans les villes de Kaboul, Herat et Mazar-i-Charif, dans la mesure où les personnes concernées y disposent d’un réseau familial ou social. Cette pratique est intolérable au vu de la réalité sur place. Notre mise à jour sur les conditions de sécurité actuelles, que l’experte de l’Afghanistan Corinne Troxler a rédigée pour l’analyse-pays de l’OSAR, montre combien la situation dans le pays est précaire. Elle décrit le contexte général à travers les grands dangers qui guettent la population civile et de nombreuses personnes déplacées, leur paupérisation croissante et leur vulnérabilité entre les fronts ennemis aux contours de moins en moins discernables. Une deuxième mise à jour des profils à risque illustre la situation toujours difficile des droits humains.

Une multitude de parties en conflit

La population civile afghane souffre depuis des années de la violence causée par

  • des groupements armés hostiles au gouvernement tels que les Talibans, le réseau Haqqani et l’«État Islamique» autoproclamé (EI/Daesh),
  • des seigneurs de guerre et des commandants de milices régionaux,
  • des groupements criminels et
  • les forces de sécurité afghanes et étrangères en lutte contre les groupements antigouvernementaux.

Les forces de sécurité afghanes ne sont pas en mesure de protéger leur propre population civile contre les combats et les violations des droits humains. Aujourd’hui présents dans l’ensemble du pays, les talibans contrôlent plus de régions que jamais depuis 2001. Ils sont dans une position plus favorable que les forces de sécurité afghanes (Afghan National Defense and Security Forces – ANDSF) : alors que ces dernières doivent sécuriser de vastes régions, des routes, des bases et des avant-postes, les talibans peuvent concentrer leurs forces sur des cibles choisies, écrit Corinne Troxler.

Situation précaire des personnes de retour et des personnes déplacées à l’interne du pays

En 2018, plus de 800’000 Afghan-e-s sont rentré-e-s d’Iran et du Pakistan. Entre le 1er janvier et le 10 août 2019, 293’403 autres personnes réfugiées afghanes sont revenues de ces deux États voisins. Les autorités afghanes n’ont de loin pas les capacités suffisantes pour fournir la protection et le soutien nécessaires au grand nombre de personnes déplacées et de retour, ni pour assurer leur subsistance.

Faute de réseaux, une grande partie des personnes de retour se retrouvent en situation de personnes déplacées à l’interne du pays. Plus de 70 pourcents des personnes déplacées déclarent avoir été chassées à plusieurs reprises. Elles ont fini par chercher refuge dans d’assez grandes villes. De ce fait, un quart de la population afghane vit aujourd’hui dans des villes, dont plus de 70 pourcents, soit quelque cinq millions de personnes, dans des bidonvilles. Kaboul est l’une des villes qui connaît la croissance la plus rapide au monde. Dans les bidonvilles, tout fait défaut, à commencer par l’eau, la nourriture, les soins médicaux et les perspectives de formation.

Des négociations de paix interrompues

Bien que le gouvernement afghan n’y ait pas participé, les négociations entre les États-Unis et les talibans avaient bien commencé. Mais elles ont ensuite été entachées par des attaques terroristes et d’autres actes de violence dévastateurs. Un attentat orchestré par les talibans le 5 septembre 2019 à Kaboul aurait finalement amené le Président américain Trump à interrompre du moins provisoirement les pourparlers le 7 septembre 2019. Il est plus probable, cependant, que l’accord de paix formulé dans un délai très court ait été trop faible pour les États-Unis. Ces derniers ont fait pression pour qu’une solution soit trouvée rapidement, car ils avaient prévu de retirer leurs troupes avant les élections américaines de 2020. Il reste difficile de savoir ce que signifierait la fin des pourparlers de paix pour l’Afghanistan. Les expert-e-s s’attendent néanmoins à une augmentation de la violence.