La migration forcée inscrite au plan d’études du collège de La Neuveville avec la participation de l’OSAR

Jaques Diacon est vice-directeur au collège du district de La Neuveville, petite bourgade francophone de 3800 habitant-e-s située au bord du lac de Bienne. Depuis 23 ans, il fait appel à l’expertise de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) pour sensibiliser ses élèves à la migration forcée.

Texte et photo: Karin Mathys, rédactrice à l’OSAR

L’offre de sensibilisation «Exil – Asile – Intégration» proposée par l’OSAR dans votre collège est destinée aux élèves en fin de scolarité obligatoire, soit les classes de 9e, 10e et 11e Harmos. Au total, il s’agit d’un effectif de 170 à 230 élèves selon les années. A quoi ces jeunes sont-ils sensibilisés?

Ils sont sensibilisés à la situation des personnes contraintes de fuir leur pays jusqu’à leur arrivée dans un pays sûr. Les circonstances et motifs de la fuite sont traités, ainsi que les possibilités de s’intégrer dans le pays d’accueil. Ces questions sont présentées de manière pédagogique à travers des ateliers, les témoignages de personnes réfugiées et le jeu de simulation «Passages», une immersion dans la migration forcée.

Pourquoi contacter l’OSAR pour organiser ces activités?

Les élèves sont touchés dans leur chair après avoir suivi le jeu de simulation «Passages» et avoir écouté le témoignage d’un réfugié. La grande force du jeu est d’être animé par des personnes qui ont réellement vécu l’exil, la guerre et les persécutions. Les événements présentés ne pourraient pas être racontés par des enseignant-e-s. Ils n’auraient pas la même crédibilité, ni la même force. On a vraiment besoin de spécialistes de la thématique et de personnes qui ont été victimes de ces réalités pour animer le jeu. Ces gens-là sont les seuls à pouvoir impacter les adolescent-e-s.

Est-ce qu’il arrive que des élèves, eux-mêmes issus de la migration forcée, se retrouvent dans le jeu de simulation?

Oui, cela arrive. Ils ont d’une part la possibilité de quitter le jeu si les émotions sont trop fortes. D’autre part, ils se disent «mes camarades vont enfin comprendre le vécu de ma famille». C’est un moment très fort pour eux.

Comment les activités de l’OSAR ont-t-elles été mises en place au sein de votre collège?

Il y a 23 ans, le canton de Berne nous avait transmis une lettre sur les activités de l’OSAR. Elle présentait notamment son travail de sensibilisation sur la migration forcée dans les écoles. J’étais à l’époque enseignant et j’ai proposé à mes collègues d’organiser deux fois cette activité sur deux jours afin de toucher tous nos élèves. Cela a fait l’unanimité au sein du corps enseignant et le projet a pu être lancé. Il a ensuite fallu faire une demande de financement auprès de l’instruction publique et argumenter en faveur de sa réalisation. La première édition a rencontré un grand succès et nous avons donc décidé de poursuivre notre collaboration avec l’OSAR tous les trois ans. Ces activités de sensibilisation sur la migration forcée s’inscrivent aujourd’hui plus largement dans le plan d’études du collège du district de La Neuveville.

Est-ce que cela signifie que la thématique de la migration forcée est intégrée au programme scolaire?

Oui, elle est reprise dans l’enseignement de l’histoire, de la géographie et dans une leçon appelée «formation générale». Il s’agit d’une leçon dispensée chaque semaine, dans laquelle la maîtresse ou le maître de classe peut sensibiliser ses élèves à différents sujets. La question de la migration forcée est traitée dans la période qui précède et qui suit la journée « Exil – Asile – Intégration » animée par l’OSAR. Elle fait donc partie d’un processus et ne se résume pas à une action «flash».

Quelle est la pertinence et l’utilité d’une telle offre de sensibilisation dans le cadre de la prévention et du vivre-ensemble?

Pour obtenir un soutien financier auprès d’Education21, nous devons évaluer cette journée auprès des participant-e-s. Le retour est toujours très positif. Par exemple à la question «recommenderais-tu cette journée à un ami? », la quasi totalité des élève répond «oui» ! Cela fait maintenant donc plus de 20 ans que les enseignant-e-s sont à l’unanimité favorables à reconduire ces deux journées. Une sorte de tradition s’est instaurée dans la région au fil du temps. Les jeunes savent qu’ils suivront les activités de l’OSAR à un moment donné de leur scolarité: ils ont reçu des échos positifs d’un grand frère ou d’une grande sœur qui y a déjà participé.