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«On ne peut pas opprimer quelqu’un qui n’existe pas»

Au début de l’année, les autorités tchétchènes ont lancé une nouvelle campagne contre les gays et les lesbiennes. Les personnes concernées font état d’arrestations arbitraires, de passages à tabac, d’humiliations et de tortures.

Par Adrian Schuster, expert-pays de l’OSAR

Les lesbiennes, les gays, les bisexuels, les transsexuels, les queer et les intersexuels (selon l’abréviation anglaise LGBTQI) sont dans une situation difficile dans la société très conservatrice et à majorité musulmane de Tchétchénie. L’homosexualité est perçue comme une honte pour l’honneur de la famille. De hauts représentants des autorités renforcent cette attitude, en approuvant publiquement les «meurtres pour l’honneur» d’hommes gays et bisexuels.

Électrochocs et viol

Au printemps 2019, des organisations de défense des droits humains et des militants ont tiré la sonnette d’alarme: les autorités tchétchènes avaient selon eux lancé une campagne de violences et d’arrestations contre les membres de la communauté LGBTQI. Les personnes concernées ont signalé à Human Rights Watch des humiliations, des passages à tabac et des tortures au moyen d’électrochocs. L’une des personnes interviewées a été violée en prison. Les forces de police l’ont ainsi obligée à dénoncer d’autres homosexuels de l’entourage social des détenus. Selon les indications d’une éminente organisation LGBTQI russe, au moins 14 homosexuels ont été arrêtés et maltraités en décembre et en janvier dans la capitale Grosny. D’autres sources avancent un nombre nettement plus élevé.

«Purification» de la Nation

Les interventions actuelles rappellent les persécutions de 2017. Les autorités tchétchènes avaient alors mené une campagne sans précédent contre les membres de la communauté LGBTQI dans le but de «purifier la Nation des gays». La police et l’armée s’en étaient prises brutalement aux LGBTQI; elles les avaient incarcérés dans des prisons secrètes, où ils avaient été roués de coups et torturés. Dans le cadre de la campagne, des personnes LGBTQI avaient été exécutées par les représentants des autorités ou «punies», c’est-à-dire assassinées, par des membres de leur parenté, après que les autorités les aient «sorties du placard». En raison de la forte pression internationale des chefs d’État occidentaux et des institutions internationales, les autorités russes se sont résignées à enquêter sur de possibles crimes contre des personnes LGBTQI en Tchétchénie, mais leurs investigations n’ont pas donné de résultats concrets. Des observateurs sur place sont convaincus que l’impunité des criminels a encouragé la résurgence de la violence des autorités contre les LGBTQI.

De l’avis de l’ancien porte-parole du président tchétchène Ramsan Kadyrow, il n’y a jamais eu d’incident de ce type en 2017, car il n’y a aucun représentant de la communauté LGBTQI en Tchétchénie: «On ne peut pas arrêter ou opprimer des gens qu’on ne trouve pas dans la République», a-t-il laissé entendre. Et s’il y en avait tout de même eu quelques-uns, ce ne serait pas un problème pour la police, car «leurs proches les auraient déjà envoyés à un endroit dont on ne revient pas. »

Menaces de mort contre les militants

Il n’est guère possible d’aider les personnes concernées sur place. Les défenseurs des droits humains ne sont pas en sécurité en Tchétchénie. Une célèbre militante russe LGBTI qui a déposé une plainte à la police au sujet des événements en cours a par la suite reçu des menaces de mort. Cela complique aussi le travail de l’analyse-pays de l’OSAR, car beaucoup de ses informations reposent sur le travail que ces personnes courageuses accomplissent sur place.

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L’analyse-pays de l’OSAR: Tchéchtchénie