Jour de classe pour des enfants réfugiés syriens dans le camp informel de Sarada, Sud-Liban.© OSAR/Frederik Kok

Pas de solutions durables en vue pour les réfugiés syriens

Une majorité des réfugiés syriens au Liban ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins fondamentaux malgré l’assistance qu’ils reçoivent. Sous pression des autorités libanaises, certains ont depuis 2017 tenté le retour en Syrie, alors même que les conditions de sécurité dans ce pays ne sont pas remplies. Pour les plus vulnérables, la réinstallation vers un pays tiers, tel que la Suisse, reste le seul espoir.

Par Frederik Kok, expert-pays de l’OSAR

Un statut légal fragile

Alors que le conflit en Syrie va bientôt entrer dans sa huitième année, la situation des 1,5 millions de réfugiés syriens au Liban apparait chaque jour de plus en plus intenable. Ceux-ci ne sont pas reconnus par le Liban comme des réfugiés, mais simplement comme des «déplacés». Face à l’afflux massif de réfugiés syriens depuis 2011, le gouvernement a décidé en 2015 de fermer sa frontière avec la Syrie. Il a également mis en place des restrictions sur les droits de résidence des réfugiés syriens déjà présents dans le pays et suspendu l’enregistrement de nouveaux réfugiés par le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR). Seuls un million de réfugiés sont aujourd’hui officiellement enregistrés.

Des conditions de vie de plus en plus difficiles

Selon un récent rapport du HCR, les réfugiés syriens au Liban sont plus vulnérables que jamais. Près de trois-quarts âgés de 15 ans et plus n’ont pas de résidence légale et courent un sérieux risque de se faire arrêter et déporter. Pour survivre, ils sont aussi forcés d’accepter des emplois précaires et mal payés.

Un tiers des ménages font face à une insécurité alimentaire et 69 pourcents vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’écrasante majorité est forcée d’adopter des stratégies d’adaptation négatives, telles qu’acheter de la nourriture de moins bonne qualité ou manger moins, ou emprunter de l’argent ou faire travailler les enfants.

De plus en plus de réfugiés vivent dans des logements insalubres et surpeuplés. Officiellement, le gouvernement n’autorise pas les camps et on estime que seul 15 pourcents vivent dans des camps informels. La majorité vit dans des immeubles résidentiels situés dans des villes ou villages, souvent à la merci des propriétaires. En 2017 et 2018, des milliers de réfugiés ont été expulsés de leurs logements.

Obstacles au retour

Alors que selon le HCR les conditions humanitaires et sécuritaires en Syrie ne sont pas remplies pour un retour digne et volontaire, depuis 2017, des milliers de réfugiés syriens ont tenté d’y retourner, certains avec l’aide du gouvernement libanais. En novembre 2018, un ministre libanais indiquait qu’au moins 20 réfugiés avaient été tués après leur retour et que les détentions, les abus de la part du régime syrien mais aussi la conscription militaire avaient fortement ralenti les retours. Dans un pays dévasté par la guerre, les réfugiés n’ont souvent pas de maisons où retourner, d’écoles où envoyer leurs enfants ou encore de perspectives de trouver un travail.

Programme de réinstallation: un espoir pour les plus vulnérables

Pour la plupart des réfugiés, le seul espoir d’une solution durable réside dans les programmes de réinstallation vers des pays tiers, tels que la Suisse. Depuis 2013, la Suisse a accueilli près de 3 500 réfugiés syriens parmi les plus vulnérables, principalement ceux avec un besoin de protection élevé, une volonté et potentiel d’intégration, entre 40 et 60 pourcents de femmes et de jeunes filles et sept pourcents de personnes handicapées, âgées ou malade. En novembre 2018, la Conseil fédéral a exprimé son souhait d’accueillir entre 1 500 et 2 000 réfugiés, provenant de Syrie mais aussi d’autres pays, tous les deux ans.