© Keystone/Angelos Tzortzinis

La Grèce, laboratoire de l'Europe

Les camps sur les îles de la mer Égée sont bondés. Bien au-delà de leurs capacités. Les conditions de vie sont insoutenables. Inhumaines. Les mesures annoncées par le gouvernement grec ne sont que restrictions, détentions, rejets et dissuasions. La Suisse apporte un soutien conforme à ses engagements. Aux yeux de l’OSAR, plus pourrait être fait.

À partir de mars 2020, le gouvernement grec entend mettre en place cinq centres d’enregistrement et d’expulsion sur les îles de Lesbos, Chios, Samos, Leros et Kos. Il répond ainsi à la situation inhumaine qui prévaut sur les îles grecques de la mer Égée. Sur ces îles, les centres ont une capacité de 5 400 personnes requérantes d’asile. Or, ils en hébergent actuellement 36 000. Les gens survivent dans des tentes de fortune aux conditions d’hygiène intenables. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) est d’avis que le gouvernement grec ne résout aucun problème avec la mise en place de nouveaux centres. Il les rend simplement moins visibles.

Murs flottants

Une autre mesure annoncée par le gouvernement grec consiste à ériger des barrières flottantes en mer Méditerranée pour empêcher les personnes réfugiées venues de Turquie d’atteindre les îles grecques. L’idée de murs flottants est l’une des nombreuses mesures de repli et de cloisonnement qu’a adoptées l’Europe à ses frontières extérieures. Celles-ci portent atteinte de manière systématique aux droits humains et empêchent l’accès à une procédure d’asile équitable.

Une petite aide de la Suisse

L’OSAR salue le geste de la Suisse d’avoir accepté l’entrée sur son territoire depuis la Grèce de mineur-e-s non accompagné-e-s ayant des parents en Suisse. Mais elle ne fait rien d’autres que de remplir aux exigences contraignantes du règlement Dublin.

Pour le moment, il est question de 50 à 100 enfants autorisés à venir en Suisse. Il s’agit d’un chiffre homéopathique si l’on considère que la Grèce compte actuellement 5 300 mineur-e-s requérant-e-s d’asile non accompagné-e-s et qu’un quart seulement de ceux-ci bénéficient d’un hébergement adapté à leur âge. L’OSAR demande donc au Secrétariat d’État aux migrations (SEM) de développer et de mettre en œuvre des mesures qui vont au-delà de ces exigences minimales.

En outre, l’OSAR observe que les procédures de regroupement familial sont trop longues, même lorsque toutes les conditions légales sont remplies. Des améliorations pourraient être apportées.

Nécessité d’une vraie solidarité

L’OSAR attire depuis longtemps l’attention sur les abus commis dans les États européens extérieurs tels que la Grèce, la Hongrie, la Bulgarie, la Croatie et l’Italie. Le système Dublin prévoit que la responsabilité de la mise en œuvre du système d’asile incombe à l’État par lequel la personne est entrée dans l’Union européenne (UE). Ce principe conduit inévitablement à une surcharge des États situés aux frontières extérieures de l’Europe. Ceux-ci nécessitent urgemment une véritable solidarité de la part des autres États européens. L’OSAR l’exige une fois de plus: la Suisse peut et doit en faire plus.
En raison du nombre actuellement bas de demandes d’asile, la Suisse dispose d’une capacité d’accueil suffisante pour accueillir davantage de personnes en quête de protection.