Suisse-Érythrée: une coopération controversée

L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) se dit surprise d’apprendre que la Suisse entend prolonger de trois ans sa coopération au développement en Erythrée. Rien n’indique en effet un recul des violations massives des droits humains commises par le régime érythréen. Aux yeux de l’OSAR, il est problématique de lier les objectifs de la politique de développement aux objectifs de la politique de migration.

Une évaluation externe commandée par la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC) recommande la poursuite des projets de coopération lancés en 2017 en Érythrée dans le domaine de la formation professionnelle et de la promotion de l’emploi.

L’évaluation souligne que le régime érythréen semble s’ouvrir à la coopération bilatérale. Elle note aussi que, depuis la reprise de la coopération en Erythrée, la Suisse se trouve dans une bien meilleure position. «La Suisse dispose de beaucoup plus d’informations sur la situation au niveau local qu’auparavant, elle a accès aux bureaux gouvernementaux, elle a créé une certaine base de confiance et a donc déjà mis un pied dans la porte en vue de développements ultérieurs». Selon cette évaluation, la DDC semble s’être rapprochée de l’un de ses objectifs, à savoir le renforcement de la confiance mutuelle entre les deux gouvernements et le développement du dialogue bilatéral, notamment sur les questions de migration.

Des résultats douteux

Cependant, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) contredit cette évaluation dans un rapport établi à l’attention du European Asylum Support Office (EASO). Le rapport décrit la difficulté pour les délégations étrangères en Erythrée d’obtenir des informations fiables sur le pays. Les connaissances de la population étrangère vivant en Erythrée sont limitées, selon le rapport, et elles reposent souvent sur des anecdotes. «Les observatrices et observateurs étrangers ont tendance à faire des rapports plus positifs sur la situation que, par exemple, la population érythréenne en exil», déclare le SEM. Le fait est qu’il est encore difficile d’accéder à des informations sûres et neutres.

Une dictature répressive

L’Érythrée reste une dictature répressive et les violations des droits humains y sont monnaie courante. Le service national, d’une durée indéterminée, continue de pousser des hommes et des femmes à fuir le pays. Les promesses de limiter la durée du service national n’ont pas été tenues. Même l’accord de paix conclu avec l’Ethiopie à l’été 2018 n’a pas apporté d’améliorations pour la population. Depuis avril 2019, les frontières sont à nouveau fermées et le processus de paix a été mis en attente.

Une coopération problématique

La collaboration de la DDC avec l’Érythrée est problématique aux yeux de l’OSAR. La coopération au développement ne doit pas être motivée par des intérêts de politique migratoire. Le risque existe en effet que le dialogue avec le gouvernement érythréen soit interprété comme une approbation de sa politique et un abandon des critiques émises à l’égard des violations des droits humains. «Avoir le pied dans la porte» est un bilan bien vague compte tenu des trois années de coopération. D’autant plus que, comme l’indique l’évaluation externe commandée par la DDC, le pays change, mais que personne n’est à l’heure actuelle en mesure de dire dans quelle direction ni à quel rythme. L’évaluation concède par ailleurs que, sur les trois projets, l’unique projet qui fonctionne bien est celui controversé du Consul honoraire de l’Etat d’Erythrée en Suisse, Toni Locher. Les résultats concrets des projets, qui sont censés bénéficier directement à la population érythréenne, semblent également modestes. Certes, 2000 jeunes ont apparemment bénéficié d’une meilleure formation. Toutefois, selon l’évaluation externe, seules des améliorations marginales et difficiles à évaluer des conditions de vie ont pu être obtenues.