Kaboul. © UNHCR/Jim Huylebroek

Afghanistan

En Afghanistan, le conflit armé perdure et la situation sécuritaire continue de s’aggraver dans tout le pays. Malgré cela, les autorités suisses estiment qu’un retour des personnes requérantes d’asile afghanes dans les villes de Kaboul, Herat et Mazar-i-Sharif est exigible, pour autant que ces personnes y disposent d’un réseau social et familial. Au vu de la réalité sur place, cette pratique est inacceptable.

Après 18 ans de guerre, les talibans se trouvent aujourd’hui dans une position militaire plus forte et contrôlent plus de régions que jamais depuis 2001, selon la mise à jour de l’OSAR sur la situation sécuritaire actuelle. Les nombreux attentats, même dans les zones les mieux sécurisées de la capitale, montrent clairement à maintes reprises que les talibans sont présents partout, ne peuvent être vaincus militairement et que le gouvernement afghan est incapable de protéger la population.

Selon les Nations Unies, le nombre de victimes civiles en 2018 a atteint son plus haut niveau depuis le début des analyses en 2009: sur les 10 993 victimes civiles, au moins 3804 ont été tuées et 7189 blessées. 28 pourcents des victimes étaient des enfants. Le nombre de victimes des raids aériens lancés par les forces progouvernementales a augmenté de 61 pourcents en 2018 par rapport à l’année précédente. Il s’agit également du nombre le plus élevé depuis 2009.

1. Certains groupes spécifiques particulièrement menacés

2. Parties au conflit

3. Gouvernement instable, système judiciaire corrompu

4. Situation précaire des personnes rapatriées et des personnes déplacées internes

5. Négociations de paix interrompues

1. Certains groupes spécifiques particulièrement menacés

Outre la population générale, plusieurs groupes de personnes sont particulièrement menacés et font l’objet de violations des droits humains et d’attaques ciblées: les employé-e-s des établissements de santé et des organisations non gouvernementales responsables, par exemple, du déminage ou de la distribution de produits alimentaires de base, les membres de minorités religieuses et ethniques, y compris les Hazaras, les professionnel-le-s des médias et les activistes des droits humains. Leur situation est analysée, entre autres, dans la mise à jour de l’OSAR sur les profils de risque. Les deux mises à jour sur l’Afghanistan se fondent sur une multitude de publications et de sources récentes, y compris sur les Principes directeurs du HCR relatifs à l’éligibilité dans le cadre de l’évaluation des besoins de protection internationale des requérants d’asile afghans, actualisés à la fin août 2018 et toujours valables.

2. Parties au conflit

Les combats, actes de violence et violations des droits humains sont le fait de divers acteurs: les groupes d’opposition armés, tels les talibans, le réseau Haqqani et l’EI/Daesh, mais aussi les chefs de guerre régionaux et les commandants des milices, les groupes criminels et, enfin et surtout, les forces de sécurité afghanes et étrangères, qui font usage de bombardements pour combattre les groupes anti-gouvernementaux. En outre, les forces de sécurité afghanes ne sont pas en mesure de protéger leur propre population civile contre les combats et les violations des droits humains.

3. Gouvernement instable, système judiciaire corrompu

La crédibilité du gouvernement afghan est ébranlée par une corruption toujours très répandue, par l’incapacité apparente d’assurer la sécurité et les services, tout autant que par les dissensions au sein de l’élite politique. L’instabilité politique croissante, exacerbée par les questions d’autorité et de compétence du gouvernement, ainsi que la fragmentation croissante de la politique et de la société en fonction des ethnies, peuvent en outre constituer une menace similaire à celle des talibans pour l’avenir de l’Afghanistan.

La population civile ne peut pas compter sur un système judiciaire efficient. La corruption est largement répandue et il n’y a pratiquement pas d’État de droit. Les fonctionnaires du gouvernement afghan, censés protéger la population, commettent souvent eux-mêmes des violations des droits humains et des abus et, dans la plupart des cas, restent impunis. Cela sape le système judiciaire afghan.

4. Situation précaire des personnes rapatriées et des personnes déplacées internes

En 2018, plus de 800 000 Afghan-e-s sont rentré-e-s d’Iran et du Pakistan en Afghanistan. Alors que le nombre d’Afghan-e-s revenant du Pakistan a chuté de 70 pourcents par rapport à 2017 pour s’établir à 43 000, le nombre d’Afghan-e-s revenant d’Iran a augmenté rapidement en raison de la dévaluation du rial (de 462 000 en 2017 à 760 000 en 2018). Du 1er janvier au 10 août 2019, 293 403 personnes réfugiées afghanes supplémentaires sont revenues de ces deux pays voisins. Tant au Pakistan qu’en Iran, nombre d’Afghan-e-s disposent d’un statut de séjour précaire. Face aux pressions politiques dans ces deux pays voisins et à la crise économique en Iran, beaucoup décident de retourner en Afghanistan, où ils finissent par dépendre totalement de leur cercle familial ou de l’aide internationale. La majorité d’entre eux ne peuvent retourner dans leur localité d’origine et deviennent ainsi des personnes déplacées internes.

Fin septembre 2018, au moins deux millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, soit trois fois plus qu’en 2012. En 2018, 31 des 34 provinces étaient touchées par une forme de déplacement. Les deux tiers des personnes déplacées, qui quittent leur province, fuient vers l’une des cinq capitales provinciales de Kaboul, Nangarhar, Kandahar, Mazar-i-Sharif et Herat. Les autorités afghanes sont loin d’être en mesure de fournir aux nombreuses personnes rapatriées et déplacées internes la protection et le soutien dont elles ont besoin pour vivre en sécurité. Cela aura pour effet, entre autres, d’accroître l’appauvrissement urbain.

5. Négociations de paix interrompues

Après des négociations directes entre les États-Unis et les talibans, à l’exclusion du gouvernement afghan, et des pourparlers initiaux entre une délégation des talibans et 60 personnes afghanes issues de la politique et de la société civile au cours de l’été 2019, les États-Unis ont annoncé début septembre 2019 que les talibans et les États-Unis allaient conclure un «plan de paix». Le plan aurait prévu le retrait de 5 000 soldats américains d’Afghanistan dans les cinq prochains mois, tandis que les talibans, en retour, auraient promis de ne plus offrir de protection aux mouvements islamistes comme Al-Qaïda et de réduire les attentats. Finalement, un attentat des talibans à Kaboul le 5 septembre 2019 aurait déclenché le 7 septembre 2019 la suspension – au moins temporaire – des négociations par le président américain Trump. Il est plus probable, cependant, que la solution de paix trouvée ait été trop faible pour les États-Unis et la pression du temps trop grande, vu qu’ils avaient prévu de retirer leurs troupes avant les élections américaines en 2020. Il reste difficile de savoir ce que signifierait la fin des pourparlers de paix pour l’Afghanistan. Les expert-e-s s’attendent néanmoins à une augmentation de la violence.