Scènes de rue à Ankara © OSAR

Turquie

Après la tentative manquée de coup d’État de juillet 2016, l’état d’urgence a été proclamé en Turquie. Depuis, le président Recep Tayyip Erdoğan gouverne à coup de décrets. Il contourne le Parlement et prévoit de cimenter son pouvoir avec l’introduction d’un système présidentiel.

La Turquie connaît actuellement une vague de répression d’une ampleur sans précédent. Le gouvernement a identifié le mouvement de l’imam Fetullah Gülen qui vit aux États-Unis comme l’instigateur de la tentative de coup d’État. Erdoğan réprime durement ses opposants, en particulier les partisans présumés du mouvement Gülen. Mais la répression touche aussi les militants et militantes kurdes, les élues et élus politiques kurdes, les journalistes, les collaborateurs des ONG, académiciens et académiciennes critiques à l’égard du gouvernement, ainsi que d’autres « suspects ». De nombreux médias et ONG ont été interdits et des villes kurdes soumises à l’administration centrale. On leur attribue souvent des liens avec le mouvement Gülen ou le « Parti des travailleurs du Kurdistan » (PKK). Ces accusations semblent en partie tirées par les cheveux. Le journaliste Ahmet Altan a par exemple été arrêté pour avoir formulé des « messages subliminaux aux putchistes » dans une émission de télévision.

Près de 40‘000 personnes ont été arrêtées depuis la tentative de coup d’État. Elles ne peuvent pas compter sur des procès équitables. Des observateurs locaux rapportent que l’état de droit n’a plus cours en Turquie. Des rapports crédibles indiquent que les forces de police ont maltraité et torturé des personnes arrêtées et qu’elles leurs ont fait subir des violences sexuelles. On estime à 125‘000 le nombre total de personnes licenciées ou suspendues jusqu’au début décembre 2016. Cela concerne en particulier les collaborateurs des écoles et universités ouvertes et soutenues par le mouvement Gülen. Mais de nombreux collaborateurs de l’armée, de la police, de la justice et de l’administration publique ont aussi été licenciés. Il arrive souvent que leurs proches perdent également leur emploi et donc leurs moyens de subsistance. Personne ne veut les rembaucher, de crainte d’être associé à eux. Les dénonciations sont fréquentes.

Escalade du conflit kurde

On constate depuis juillet 2015 une escalade du conflit entre l’État turc et le PKK. D’innombrables affrontements et opérations de sécurité ont provoqué une spirale de violence dans le Sud-est de la Turquie à domination kurde. Les autorités ont imposé de nombreux couvre-feux et déployé des armes lourdes dans des régions très peuples. Des quartiers entiers ont été rasés. Au moins 1,4 million de personnes ont été touchées par les couvre-feux et près d’un demi-million de personnes chassées de leur lieu de vie. Des rapports crédibles font état de crimes de guerre commis par les forces de sécurité turques.

Depuis l’été 2015, les conditions de sécurité se sont fortement dégradées dans toute la Turquie. Le pays a ainsi été le théâtre d’innombrables attentats, parfois dévastateurs, qui ont fait des centaines de victimes civiles dans différentes régions. On les impute à l’organisation « État islamique » (EI), au PKK et à des groupements proches du PKK.