Les personnes en quĂȘte de protection sont criminalisĂ©es de façon gĂ©nĂ©rale

Les personnes en quĂȘte de protection sont criminalisĂ©es de façon gĂ©nĂ©rale

22 juin 2018

Les autoritĂ©s devraient Ă  l’avenir pouvoir vĂ©rifier systĂ©matiquement les donnĂ©es des tĂ©lĂ©phones portables et ordinateurs des personnes requĂ©rantes d’asile. La Commission des institutions politiques du Conseil des États prĂ©conise une initiative parlementaire du Conseil national qui veut permettre l’analyse de donnĂ©es personnelles pour la vĂ©rification de l’identitĂ©. L’OSAR critique sĂ©vĂšrement cette dĂ©cision et refuse l’ingĂ©rence drastique dans la sphĂšre privĂ©e – elle est disproportionnĂ©e et prĂ©occupante pour un État de droit.

Des commissions veulent permettre l’accĂšs aux donnĂ©es personnelles des tĂ©lĂ©phones portables

 

L’initiative parlementaire de Gregor Rutz, Conseiller national UDC, exige que les autoritĂ©s suisses puissent Ă  l’avenir accĂ©der systĂ©matiquement aux smartphones, tablettes, ordinateurs portables ou autres supports de donnĂ©es des requĂ©rant-e-s d’asile afin de vĂ©rifier l’identitĂ© et la nationalitĂ© des personnes concernĂ©es. L’OSAR critique sĂ©vĂšrement ce projet. Il est extrĂȘmement prĂ©occupant du point de vue de l’État de droit et de la protection des donnĂ©es.

Inégalité de traitement et préjugés
Ce que les Commissions des institutions politiques des deux conseils exigent est une disposition spĂ©ciale pour les personnes en quĂȘte de protection qui dĂ©passe largement le cadre de la rĂ©glementation restrictive de l’analyse des donnĂ©es de tĂ©lĂ©phone portable prĂ©vue dans le droit pĂ©nal. Les smartphones de coupables prĂ©sumĂ©s ne peuvent ĂȘtre analysĂ©s qu’en cas de dĂ©lit grave et de suspicion justifiĂ©e. Toutefois, pour les requĂ©rant-e-s d’asile il faut dĂ©jĂ  que le simple doute quant Ă  leurs indications justifie une intervention aussi grave du point de vue des droits fondamentaux. On ne sait absolument pas si les autoritĂ©s utiliseront systĂ©matiquement les donnĂ©es lues Ă  d’autres fins que la vĂ©rification de l’identitĂ©.

Cette inĂ©galitĂ© de traitement intentionnelle des requĂ©rant-e-s d’asile est extrĂȘmement problĂ©matique du point de vue de l’État de droit. Les personnes en quĂȘte de protection qui font uniquement usage de leur droit sont de ce fait criminalisĂ©es de façon gĂ©nĂ©rale. La motion approuvĂ©e par les commissions sƓurs les place sous suspicion gĂ©nĂ©rale. Dans les faits, il s’agit d’une condamnation prĂ©maturĂ©e. On insinue qu’une personne rĂ©fugiĂ©e sans passeport veut dissimuler intentionnellement son identitĂ© et refuse de participer Ă  la vĂ©rification de celle-ci. Il existe toutefois de nombreuses raisons pour lesquelles les personnes concernĂ©es ne possĂšdent pas de passeport – souvent parce qu’elles n’avaient dĂ©jĂ  pas de papiers dans leur pays de provenance.

Ingérence disproportionnée dans la sphÚre privée
La lecture des donnĂ©es de tĂ©lĂ©phone portable et d’ordinateur reprĂ©sente en mĂȘme temps une ingĂ©rence disproportionnĂ©e dans la sphĂšre privĂ©e des personnes concernĂ©es. C’est justement sur les tĂ©lĂ©phones portables des requĂ©rant-e-s d’asile qu’un grand nombre de donnĂ©es personnelles et parfois hautement sensibles sont enregistrĂ©es. Mais des tiers seraient Ă©galement saisis par l’analyse des autoritĂ©s. Avec la lecture des donnĂ©es, les autoritĂ©s auraient par exemple Ă©galement accĂšs aux donnĂ©es de membres de la famille et de soutiens, ou Ă  la correspondance entre les personnes en quĂȘte de protection et les avocats – sans que ces tiers y aient donnĂ© au prĂ©alable leur consentement personnel.

Les personnes requĂ©rantes d’asile ont d’ores et dĂ©jĂ  une obligation de collaborer Ă  la procĂ©dure. Elles peuvent faire valoir Ă  cet effet Ă©galement volontairement des donnĂ©es de portable et d’ordinateur comme moyens de preuve – par exemple des photos qui documentent leur fuite, ou des correspondances. Par ailleurs, le SecrĂ©tariat d’État aux migrations utilise d’ores et dĂ©jĂ  des procĂ©dures de contrĂŽle moins strictes comme par exemple les profils des rĂ©seaux sociaux accessibles au public, qui sont entiĂšrement suffisants et n’affectent pas la sphĂšre privĂ©e.

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90 ans d'OSAR – 90 ans de protection des personnes rĂ©fugiĂ©es