
Session de printemps 2026
La session de printemps 2026 se tiendra du 2 au 20 mars. Vous trouverez ci-dessous un aperçu des principaux dossiers liés à la fuite, à l'asile et à l'intégration, ainsi que la position de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR).
2 mars 2026
Programme dâallĂšgement budgĂ©taire 2027: une rĂ©duction des forfaits globaux entraverait la politique d'intĂ©gration
Objet : 25.063
Titre : OCF. Programme dâallĂ©gement budgĂ©taire 2027 de la ConfĂ©dĂ©ration.
Date et conseil : Conseil national, 3 mars 2026
De quoi il sâagit : Le projet prĂ©voit des mesures dans divers domaines politiques afin d'allĂ©ger le budget fĂ©dĂ©ral. La mesure d'Ă©conomie la plus importante concernera le domaine de l'asile.
Position de lâOSAR en bref : Il est prĂ©vu de limiter Ă cinq ans la durĂ©e maximale dâindemnisation au moyen des forfaits globaux versĂ©s aux cantons par la ConfĂ©dĂ©ration. Cela concerne les indemnitĂ©s versĂ©es pour les coĂ»ts cantonaux liĂ©s Ă l'aide sociale, Ă l'hĂ©bergement et Ă l'encadrement dans le domaine de l'asile. La rĂ©duction prĂ©vue vise Ă forcer l'intĂ©gration professionnelle des rĂ©fugiĂ©s. Cela signifierait un revirement dans la politique d'intĂ©gration : avec l'Agenda intĂ©gration Suisse, la ConfĂ©dĂ©ration, les cantons et les communes se sont mis d'accord sur une promotion globale et durable de l'intĂ©gration, dont l'efficacitĂ© est avĂ©rĂ©e. De plus, cette mesure n'entraĂźne pas de rĂ©elles Ă©conomies, mais se contente de transfĂ©rer les coĂ»ts vers les cantons et les communes.
Recommandation de vote : Entrée en matiÚre et renvoi au Conseil fédéral. En cas de discussion par article, diverses modifications du projet.
Les arguments détaillés de l'OSAR
- Rupture avec la politique d'intĂ©gration menĂ©e jusqu'Ă prĂ©sent. La mesure 37 du programme d'allĂšgement 2027 (PA27) prĂ©voit de rĂ©duire Ă cinq ans la durĂ©e maximale de versement du forfait global versĂ©e par la ConfĂ©dĂ©ration aux cantons pour les personnes dĂ©placĂ©es par la guerre (statut F). Avec ce forfait global, la ConfĂ©dĂ©ration prend en charge, entre autres, les coĂ»ts de l'aide sociale, de l'hĂ©bergement et de l'encadrement des cantons dans le domaine de l'asile â actuellement jusqu'Ă sept ans pour les personnes dĂ©placĂ©es par la guerre et jusqu'Ă cinq ans pour les rĂ©fugiĂ©s reconnus et les personnes avec un statut S. La mesure d'Ă©conomie prĂ©vue vise Ă accĂ©lĂ©rer l'intĂ©gration professionnelle des personnes concernĂ©es. Dans les faits, elle a toutefois des consĂ©quences contre-productives graves : la ConfĂ©dĂ©ration, les cantons, les communes et les villes se sont mis d'accord, au terme d'un long processus, sur une stratĂ©gie commune d'intĂ©gration qui, avec l'Agenda intĂ©gration Suisse (AIS), mise sur des objectifs globaux pour une intĂ©gration durable. LâAIS est en vigueur depuis 2019. La proposition de se concentrer sur l'intĂ©gration professionnelle va Ă l'encontre de cette stratĂ©gie et postule un changement de paradigme qui bouleverse Ă nouveau la politique d'intĂ©gration aprĂšs seulement quelques annĂ©es, alors que l'AIS a permis d'observer une tendance positive vers une activitĂ© professionnelle plus rapide et durable.
- L'intĂ©gration professionnelle ne peut ĂȘtre imposĂ©e Ă court terme. L'expĂ©rience acquise avec les directives de l'AIS montre que, pour une intĂ©gration durable dans le monde du travail, il faut disposer de connaissances linguistiques et de qualifications suffisantes afin de pouvoir se passer durablement de l'aide sociale. En effet, les personnes rĂ©fugiĂ©es qui occupent des emplois peu qualifiĂ©s ou Ă temps partiel n'ont souvent pas assez d'argent pour vivre. Il faut donc s'attendre Ă une augmentation du nombre de « travailleurs pauvres » Ă l'aide sociale. Si l'on fait des Ă©conomies au dĂ©but du processus d'intĂ©gration, ce sont tant les personnes rĂ©fugiĂ©es que la sociĂ©tĂ© dans son ensemble qui en subiront les consĂ©quences nĂ©gatives. C'est sur ce constat que repose le consensus sur les objectifs et les instruments de l'AIS.
- Simple transfert des coĂ»ts sans effet d'Ă©conomie. D'un point de vue des finances publiques, la rĂ©duction de la durĂ©e de versement des forfaits globaux n'est pas une mesure d'Ă©conomie, mais conduit simplement Ă un transfert des coĂ»ts de la ConfĂ©dĂ©ration vers les cantons, les communes et les villes. Cela risque plutĂŽt d'entraĂźner des coĂ»ts supplĂ©mentaires. En effet, les structures existantes de promotion de l'intĂ©gration devraient ĂȘtre remaniĂ©es et, en raison du manque induit de durabilitĂ© de l'intĂ©gration, il faudra s'attendre Ă une augmentation des dĂ©penses dans le domaine de l'aide sociale.
- L'OSAR recommande donc d'entrer en matiĂšre et de le renvoyer au Conseil fĂ©dĂ©ral. En cas dâun examen dĂ©taillĂ©, l'OSAR recommande de supprimer les modifications apportĂ©es Ă l'art. 87, al. 3, LEI et Ă l'art. 88, al. 2 et 3, LAsi et de maintenir les dispositions du droit en vigueur.
La suppression de l'aide d'urgence serait contraire Ă la Constitution et inhumaine
Objet : 25.4647
Titre : Mot. Chiesa. Apprendre de la SuÚde. Non à l'utilisation de fonds publics pour les personnes en situation illégale.
Date et conseil : Conseil des Ătats, 10 mars 2026.
De quoi il sâagit : La motion demande la suppression de l'aide d'urgence pour les requĂ©rants d'asile dĂ©boutĂ©s faisant l'objet d'une dĂ©cision de renvoi.
Position de l'OSAR en bref : La requĂȘte est incompatible avec la Constitution fĂ©dĂ©rale, qui stipule que toute personne se trouvant en Suisse, indĂ©pendamment de son origine et de son statut de sĂ©jour, a droit Ă l'aide d'urgence, qui couvre un minimum vital en matiĂšre de nourriture, de vĂȘtements et de logement. Le Tribunal fĂ©dĂ©ral le confirme dans une jurisprudence constante. La suppression de l'aide d'urgence reviendrait Ă priver ces personnes de leurs moyens de subsistance et menacerait leur existence. Une mesure similaire s'est d'ailleurs avĂ©rĂ©e contre-productive en SuĂšde : le durcissement de la lĂ©gislation n'a pas augmentĂ© le nombre de retours volontaires, mais a au contraire créé davantage de situations de dĂ©tresse sociale.
Recommandation de vote : Rejeter.
Les arguments détaillés de l'OSAR
- Inconstitutionnel et inhumain. La motion demande la suppression de l'aide d'urgence pour les requĂ©rants d'asile dĂ©boutĂ©s faisant l'objet d'une dĂ©cision de renvoi. Cela est incompatible avec la Constitution fĂ©dĂ©rale (art. 12), selon laquelle toute personne se trouvant en Suisse a droit Ă l'aide d'urgence, quel que soit son statut de sĂ©jour. Il s'agit lĂ d'un droit minimal Ă la nourriture, Ă l'habillement et au logement pour une vie digne, et non d'une Ćuvre de charitĂ© de l'Ătat. Le Tribunal fĂ©dĂ©ral le confirme dans une jurisprudence constante et souligne que ces prestations minimales ne peuvent ĂȘtre refusĂ©es pour des raisons relevant du droit des Ă©trangers (ATF 131 I 166 E. 4.5).
- La suppression de l'aide d'urgence menacerait l'existence des personnes concernĂ©es. Selon les cantons, le montant de l'aide d'urgence varie entre 7 et 9 francs par personne et par jour, ce qui est nettement infĂ©rieur au minimum vital. L'aide d'urgence peut Ă©galement prendre la forme de bons ou de prestations en nature. Sa suppression entraĂźnerait une prĂ©carisation supplĂ©mentaire des conditions de vie des personnes bĂ©nĂ©ficiant de l'aide d'urgence. Les personnes particuliĂšrement vulnĂ©rables, notamment les enfants, les femmes et les malades, seraient touchĂ©es de maniĂšre disproportionnĂ©e par la suppression de l'aide d'urgence. Des Ă©tudes soulignent les conditions de vie problĂ©matiques dans le cadre du rĂ©gime actuel d'aide d'urgence. Une suppression totale signifierait la perte des moyens de subsistance et menacerait l'existence mĂȘme de ces personnes.
- Mesure manifestement contre-productive. La motion invoque l'exemple de la SuĂšde pour justifier la suppression demandĂ©e de l'aide d'urgence. Elle omet toutefois de mentionner que l'autoritĂ© suĂ©doise compĂ©tente en matiĂšre de migration a dĂ©jĂ constatĂ© en 2016 que le refus d'accorder l'aide d'urgence aux requĂ©rants d'asile dĂ©boutĂ©s n'avait pas eu l'effet escomptĂ©, mais Ă©tait mĂȘme contre-productif : Le durcissement de la lĂ©gislation n'a donc pas augmentĂ© le nombre de retours volontaires, mais a simplement créé davantage de situations de dĂ©tresse sociale. Les personnes concernĂ©es vivaient chez des parents ou des amis ou entraient dans la clandestinitĂ© : sur les quelque 4200 requĂ©rants d'asile auxquels l'aide d'urgence a Ă©tĂ© supprimĂ©e, seuls 136 ont quittĂ© volontairement le pays (rapport d'activitĂ© 2016, p. 13). C'est pourquoi une modification de la loi est actuellement proposĂ©e en SuĂšde, qui prĂ©voit notamment que toutes les personnes puissent Ă nouveau bĂ©nĂ©ficier de l'aide d'urgence. Il ne peut ĂȘtre dans l'intĂ©rĂȘt de la Suisse de copier une lĂ©gislation qui n'a que des effets contre-productifs, qui rĂ©duit les retours volontaires et conduit Ă une prĂ©carisation accrue des personnes concernĂ©es.
- L'OSAR recommande donc de suivre le Conseil fédéral et de rejeter la motion.
Attaque infondée contre la CEDH
Objet : 25.3739
Titre : Mot. Germann. AdhĂ©sion de la Suisse Ă lâinitiative visant Ă rĂ©former la Convention europĂ©enne des droits de lâhomme.
Date et conseil : Conseil national, 11 mars 2026.
De quoi il sâagit : L'initiative demande que la Suisse se joigne Ă une initiative de plusieurs gouvernements europĂ©ens visant Ă rĂ©former la Convention europĂ©enne des droits de l'homme (CEDH) et la pratique de la Cour europĂ©enne des droits de l'homme (CourEDH).
Position de lâOSAR en bref : L'initiative prĂ©tend vouloir lancer un « nouveau dĂ©bat ouvert » sur l'interprĂ©tation de la CEDH. En rĂ©alitĂ©, elle exige davantage de marge de manĆuvre pour durcir la politique migratoire. Elle constitue donc une atteinte manifeste aux droits fondamentaux protĂ©gĂ©s par la Convention. Or, comme le prouvent les chiffres, la CEDH n'entraĂźne ni « l'incapacitĂ© de l'Ătat Ă agir dans les domaines liĂ©s Ă la sĂ©curitĂ© », comme le prĂ©tend la motion, ni une pratique judiciaire excessive de la Cour europĂ©enne des droits de l'homme en matiĂšre de migration.
Recommandation de vote : Rejeter.
Les arguments détaillés de l'OSAR
- Attaque contre la CEDH et la CourEDH Lâinitiative des neufs chefâfeâs de gouvernement prĂ©tend vouloir lancer un "nouveau dĂ©bat ouvert" sur l'interprĂ©tation de la Convention europĂ©enne des droits de l'homme (CEDH). En rĂ©alitĂ©, elle demande une plus grande marge de manĆuvre nationale pour les dĂ©cisions politiques dans le domaine de la migration, par exemple en ce qui concerne les expulsions ou l'accĂšs Ă la procĂ©dure d'asile. Il ne sâagit donc n'est donc pas dâune initiative se voulant ouverte, mais constitue une attaque contre la lĂ©gitimitĂ© de la Convention et de la Cour europĂ©enne des droits de l'homme (CourEDH).
- CEDH : une convention essentielle. La CEDH est le document europĂ©en le plus important en matiĂšre de protection des droits de l'homme. Elle garantit Ă tous les citoyens des droits fondamentaux Ă©lĂ©mentaires comme la libertĂ© d'expression ou l'interdiction de la discrimination. La CEDH contient en outre plusieurs dispositions d'une importance capitale pour le droit d'asile. Certains droits, tels que le droit Ă la vie ou le droit de ne pas ĂȘtre torturĂ©, sont absolus. La plupart des droits peuvent toutefois ĂȘtre restreints, par exemple lorsque cela est nĂ©cessaire dans l'intĂ©rĂȘt de la sĂ©curitĂ© du pays. L'incapacitĂ© « mĂȘme d'agir mĂȘme dâagir dans des domaines cruciaux pour la sĂ©curitĂ© » invoquĂ©e par la motion n'existe donc pas dans les faits.
- CourEDH : prĂ©server l'indĂ©pendance et l'impartialitĂ©. La CourEDH n'est pas une juridiction Ă©trangĂšre. Elle est le bras juridique du Conseil de l'Europe, dont la Suisse est Ă©galement membre â créée par ses Etats membres et liĂ©e Ă une convention que les 46 membres ont signĂ©e et ratifiĂ©e. Elle protĂšge les droits des citoyens. Cela est particuliĂšrement vrai pour la Suisse, qui ne dispose pas de cour constitutionnelle. Pour une protection suffisante des droits fondamentaux et des droits de l'homme en Suisse, il est essentiel qu'un recours soit possible auprĂšs de la CourEDH aprĂšs l'Ă©puisement des voies de recours nationales. L'accusation d'une pratique judiciaire excessive dans le domaine de la migration est en outre dĂ©pourvue de tout fondement empirique. Au cours des dix derniĂšres annĂ©es, moins de 2 % de toutes les requĂȘtes adressĂ©es Ă la CEDH concernaient des questions de migration. La grande majoritĂ© d'entre elles ont Ă©tĂ© jugĂ©es irrecevables. Seules quelques-unes ont donnĂ© lieu Ă un arrĂȘt de la Cour et seule une partie d'entre elles ont abouti Ă la constatation d'une violation de la CEDH. ConcrĂštement, cela s'est produit 300 fois dans toute l'Europe au cours de la pĂ©riode mentionnĂ©e, sur un total de plus de 436 000 requĂȘtes adressĂ©es Ă la Cour.
- Contradiction avec la politique étrangÚre de la Suisse. Un affaiblissement de la CourEDH et de la CEDH serait en contradiction avec les objectifs de la politique extérieure de la Suisse. Elle participe activement à l'entretien du droit international et s'engage pour que ce soit la force du droit et non le droit du plus fort qui s'applique. Dans ce contexte également, ce serait un signal désastreux si la Suisse s'engageait contre la juridiction internationale.
- L'OSAR recommande donc de suivre le Conseil fédéral et de rejeter la motion.
Le durcissement de la pratique en matiÚre de cas de rigueur serait disproportionné et contre-productif
Objet : 25.3689
Titre : Mot. Stark. Lutter contre les mauvaises incitations dans la politique dâasile.
Date et conseil : Conseil national, 11 mars 2026.
De quoi il sâagit : La motion demande que le dĂ©lai d'attente pour les demandes de permis de sĂ©jour rĂ©gulier au titre des cas de rigueur soit doublĂ©, passant de cinq Ă dix ans. Sont concernĂ©es les personnes admises Ă titre provisoire en tant que rĂ©fugiĂ©s de guerre ainsi que les personnes titulaires d'un permis N ou sans statut de sĂ©jour rĂ©gulier.
Position de lâOSAR en bref : La rĂ©glementation actuelle relative aux cas de rigueur est une motivation pour les personnes concernĂ©es, car elle leur offre la perspective dâun sĂ©jour sĂ»r aprĂšs cinq ans de rĂ©sidence et une intĂ©gration rĂ©ussie. Il est prouvĂ© que cela favorise l'intĂ©gration, ce qui est Ă©galement dans l'intĂ©rĂȘt des cantons. Les obstacles sont dĂ©jĂ Ă©levĂ©s aujourd'hui : outre la durĂ©e minimale de sĂ©jour, l'intĂ©gration rĂ©ussie est une condition prĂ©alable. Avec le doublement du dĂ©lai dâattente, ce sont prĂ©cisĂ©ment les personnes bien intĂ©grĂ©es, qui travaillent et paient des impĂŽts, auxquelles on retirerait inutilement la perspective de sĂ©curitĂ© et de stabilitĂ©. La commission consultative propose de modifier la motion et de diffĂ©rencier les dĂ©lais en fonction de la catĂ©gorie de sĂ©jour des personnes concernĂ©es. Du point de vue de l'OSAR, les prolongations de dĂ©lai sont disproportionnĂ©es et contre-productives pour tous les groupes de personnes concernĂ©s, mais en cas de mise en regard, il convient toutefois de privilĂ©gier la version modifiĂ©e.
Recommandation de vote : Rejeter des prolongations de délai. En cas de confrontation, privilégier la version modifiée de la motion.
Les arguments détaillés de l'OSAR
- Des obstacles dĂ©jĂ Ă©levĂ©s. La motion demande que le dĂ©lai d'attente pour les demandes dâautorisation de sĂ©jour (permis B) pour cas de rigueur soit doublĂ©, passant de cinq Ă dix ans, sans tenir compte du fait que la rĂ©glementation actuelle en matiĂšre de cas de rigueur impose dĂ©jĂ des exigences Ă©levĂ©es (art. 84, al. 5, LEtr) : Outre la durĂ©e minimale de sĂ©jour de cinq ans, l'intĂ©gration rĂ©ussie des personnes concernĂ©es est aujourd'hui essentielle. Elle est Ă©valuĂ©e Ă l'aide de divers critĂšres qui peuvent varier d'un canton Ă l'autre, tels que la connaissance d'une langue nationale, l'indĂ©pendance vis-Ă -vis de l'aide sociale, l'exercice d'une activitĂ© lucrative stable depuis un certain temps, l'absence de casier judiciaire, etc. Les personnes concernĂ©es n'ont pas de droit lĂ©gal Ă l'octroi d'un permis de sĂ©jour. Les cantons font aujourd'hui preuve de rĂ©serve en matiĂšre d'autorisation pour cas de rigueur et ne l'accordent que si les conditions strictes sont remplies. Compte tenu de cela, aucune mesure nâapparaĂźt nĂ©cessaire.
- Les cantons ont intĂ©rĂȘt Ă la rĂ©gularisation. La rĂ©glementation des cas de rigueur s'est avĂ©rĂ©e ĂȘtre un instrument d'intĂ©gration efficace dans les cantons. Elle constitue une motivation pour les personnes concernĂ©es, car elle leur offre une perspective de sĂ©jour sĂ»re. Son effet positif sur l'intĂ©gration est avĂ©rĂ© : la condition d'exercice d'une activitĂ© lucrative pour l'octroi d'une autorisation pour cas de rigueur incite Ă une intĂ©gration rapide sur le marchĂ© du travail. Cela est confirmĂ© par les taux d'activitĂ©, qui augmentent nettement aprĂšs un sĂ©jour prolongĂ© des personnes concernĂ©es en Suisse et une rĂ©glementation pour cas de rigueur. Les cantons ont donc tout intĂ©rĂȘt Ă ce que les personnes dĂ©placĂ©es par la guerre admises Ă titre provisoire s'intĂšgrent rapidement et deviennent Ă©conomiquement indĂ©pendantes. En doublant le dĂ©lai d'attente, on prive inutilement de la perspective d'une sĂ©curitĂ© et d'une stabilitĂ© prĂ©cisĂ©ment les personnes qui se sont bien intĂ©grĂ©es, qui travaillent et qui paient des impĂŽts. Il en rĂ©sulte une situation d'incertitude qui empĂȘche toute planification, freine les progrĂšs en matiĂšre d'intĂ©gration et va Ă l'encontre de l'objectif de l'agenda d'intĂ©gration suisse.
- Un doublement du dĂ©lai d'attente touche plus fortement les enfants. Outre les personnes admises Ă titre provisoire, le doublement du dĂ©lai dâattente touche Ă©galement les sans-papiers ainsi que les personnes requĂ©rantes dâasile dĂ©boutĂ©es. Dans certains cas, ces personnes ne peuvent pas satisfaire Ă leur obligation de quitter le territoire. Cela peut ĂȘtre dĂ», par exemple, Ă lâimpossibilitĂ© dâobtenir des documents de voyage. Ces personnes se retrouvent alors dans des centres de renvoi, dans la prĂ©caritĂ© de l'aide d'urgence. Cela conduit Ă des situations humainement intenables, a fortiori lorsque des enfants sont concernĂ©s, comme lâa montrĂ© une analyse de la Commission fĂ©dĂ©rale des migrations. L'autorisation pour cas de rigueur est souvent la seule possibilitĂ© pour ces enfants de sortir de cette situation. Avec lâallongement du dĂ©lai dâattente exigĂ©, ces enfants, qui ne sont en rien responsables de leur situation, subiront des dommages irrĂ©versibles et seront Ă la charge de l'aide sociale toute leur vie, plutĂŽt que construire leur propre vie.
- Disproportionné et contre-productif. La commission consultative propose de modifier la motion et de différencier les délais en fonction de la catégorie de séjour des personnes concernées. Du point de vue de l'OSAR, les prolongations de délai sont disproportionnées et contre-productives pour tous les groupes de personnes concernés. En cas de mise en regard, il convient toutefois de privilégier la version modifiée.
- L'OSAR recommande donc de rejeter les variantes de la motion. En cas de mise en regard, elle recommande d'approuver la version modifiée de la motion.
Cartes de paiement dans le domaine de l'asile : une charge administrative sans aucun intĂ©rĂȘt
Objet : 24.315
Titre : Initiative déposée par un canton. Introduction de cartes de paiement pour les personnes relevant du domaine de l'asile.
Date et conseil : Conseil national, 20 mars 2026.
De quoi il sâagit : L'initiative cantonale du canton de Saint-Gall demande que la ConfĂ©dĂ©ration crĂ©e les conditions nĂ©cessaires pour que les cantons ne puissent plus verser l'aide sociale aux requĂ©rants d'asile qu'au moyen de cartes de paiement, et non plus en espĂšces.
Position de lâOSAR en bref : En Suisse, les requĂ©rants d'asile reçoivent une aide sociale qui est infĂ©rieure de 20 Ă 70 % Ă l'aide sociale ordinaire et qui suffit Ă peine Ă leur survie. Ce qui reste aux personnes concernĂ©es aprĂšs avoir subvenu Ă leurs besoins vitaux est si insignifiant que le risque de dĂ©tournement ou de transfert Ă l'Ă©tranger est nĂ©gligeable. Les expĂ©riences faites dans le canton de Zurich et les dĂ©veloppements actuels en Allemagne montrent en outre que les systĂšmes de cartes de paiement sont lourds sur le plan administratif, controversĂ©s sur le plan juridique et peu efficaces. Ătant donnĂ© que les cantons pourraient nĂ©anmoins introduire de tels systĂšmes dĂšs aujourd'hui, il n'y a pas lieu d'agir au niveau fĂ©dĂ©ral.
Recommandation de vote : rejeter.
Les arguments détaillés de l'OSAR
- Mesure inadaptée sans valeur ajoutée. En Suisse, les demandeurs d'asile bénéficient d'une aide sociale dont le montant varie selon les cantons et les communes entre 20 et 70 % en dessous des taux de l'aide sociale ordinaire. L'aide sociale accordée aux demandeurs d'asile est donc nettement inférieure au minimum vital et suffit à peine pour survivre en Suisse. Une fois les dépenses indispensables à la vie quotidienne réglées, il ne reste aux personnes concernées qu'une somme si modique que le risque de détournement ou de transfert d'argent vers leur pays d'origine est négligeable. Une étude montre qu'en 2021, seuls 7 % des réfugiés en Allemagne ont transféré de l'argent vers leur pays d'origine, principalement des réfugiés exerçant une activité lucrative. Un systÚme de cartes de paiement n'aurait donc guÚre d'influence sur le détournement présumé des fonds d'aide sociale.
- Des systĂšmes similaires n'ont pas fait leurs preuves. Le canton de Zurich a dĂ©jĂ expĂ©rimentĂ© un projet comparable : jusqu'Ă fin 2011, des bons d'achat ont Ă©tĂ© distribuĂ©s Ă la place d'argent liquide aux bĂ©nĂ©ficiaires de l'aide d'urgence. La conclusion du Conseil d'Ătat zurichois montre que les efforts nĂ©cessaires Ă cette mesure Ă©taient disproportionnĂ©s par rapport aux avantages obtenus. En Allemagne, l'introduction des cartes de paiement est actuellement retardĂ©e dans de nombreuses villes et LĂ€nder, notamment en raison de la charge administrative Ă©levĂ©e qu'elle reprĂ©sente. Sa compatibilitĂ© avec le droit fondamental Ă la garantie du minimum vital est Ă©galement controversĂ©e : le tribunal social de Nuremberg a ainsi jugĂ© qu'il Ă©tait impĂ©ratif de tenir compte de la situation individuelle afin d'Ă©viter toute restriction illĂ©gale de la couverture des besoins. L'introduction de cartes de paiement est donc coĂ»teuse sur le plan administratif, controversĂ©e sur le plan juridique et peu efficace.
- Aucune mesure n'est nécessaire au niveau fédéral. Si certains cantons souhaitent introduire un systÚme de cartes de paiement, aucune modification de la législation fédérale n'est nécessaire, comme l'indique le Conseil fédéral dans son rapport « Carte de paiement pour les personnes relevant du domaine de l'asile ».
- L'OSAR recommande donc de suivre le Conseil des Ătats et la commission et de rejeter l'initiative.