Berne, le 14 octobre 2026
Depuis un arrĂȘt de rĂ©fĂ©rence rendu par le Tribunal administratif fĂ©dĂ©ral (TAF) en 2024, les personnes faisant lâobjet dâune proceÌdure peÌnale en Turquie ont plus de difficultĂ© Ă obtenir une protection de la Suisse. LâOrganisation suisse dâaide aux rĂ©fugiĂ©s (OSAR) et les Juristes dĂ©mocrates de Suisse (JDS) se sont associĂ©s Ă lâObservatoire suisse du droit dâasile et des Ă©trangers (ODAE-Suisse) pour publier dans un nouveau rapport sur le parcours de neuf personnes rĂ©fugiĂ©es originaires de Turquie. Les autoritĂ©s suisses ont rejetĂ© leurs demandes dâasile en dĂ©pit des risques connus de poursuite pĂ©nale. AprĂšs leur retour en Turquie, ces personnes ont Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©es jusquâĂ troisâŻmois et soumises Ă des proceÌdures peÌnales, des mesures de contrĂŽle judiciaires et des condamnations. Ces cas montrent clairement que mĂȘme les personnes de faible notoriĂ©tĂ© ou portĂ©e publique sont en danger et ont besoin de notre protection.
NĂ©cessitĂ© absolue dâadapter la pratique suisse en matiĂšre dâasile
Les cas documentĂ©s indiquent que la pratique de la Suisse en matiĂšre dâasile doit ĂȘtre modifiĂ©e. ConcrĂštement, lâOSAR, les JDS et lâODAE-Suisse rĂ©clament les adaptations suivantes dans lâanalyse des risques auxquels sont exposĂ©es les personnes faisant lâobjet dâune proceÌdure peÌnale en TurquieâŻ:
Mieux tenir compte de la pratique de poursuites pĂ©nales en Turquie. Le rapport met en Ă©vidence que le SEM et le TAF sous-estiment la pratique effective de la Turquie en matiĂšre de poursuites peÌnales. Ce pays peut en effet dĂ©cider dâouvrir des procĂ©dures pĂ©nales arbitraires motivĂ©es par des considĂ©rations politiques ou ethniques.
Ăvaluer les facteurs de risque plus largement et avec toutes leurs implications. Les cas examinĂ©s ne portent pas sur des personnalitĂ©s politiques connues dans le pays ou des dĂ©fenseuses et dĂ©fenseurs des droits humains. Les autoritĂ©s doivent Ă©largir le spectre des facteurs de risque reconnus et tenir compte notamment des activitĂ©s moins visibles comme les publications sur les rĂ©seaux sociaux. Elles doivent aussi Ă©valuer plus globalement les facteurs de risque tels que lâidentitĂ© kurde, une activitĂ© politique prĂ©cĂ©dente, des enquĂȘtes en cours, des activitĂ© politiques en exil en Europe ou le contexte familial et inclure notamment leurs implications.
PondĂ©rer plus fortement les consĂ©quences des proceÌdures peÌnales. Pour les personnes concernĂ©es, les proceÌdures peÌnales signifient souvent des annĂ©es dâincertitude et de peur. Elles sâaccompagnent entre autres de gardes Ă vue arbitraire, de dĂ©tentions provisoires abusives, de dĂ©nigrements, de harcĂšlements ou de mauvais traitements, dâobligations dâannonce et dâinterdictions de voyager ainsi que de longues pĂ©riodes dâincertitude juridique. La contrainte Ă lâautocensure ou Ă lâabandon des activitĂ©s politiques qui en rĂ©sulte ainsi que la pression psychique peuvent ĂȘtre pertinentes au regard du droit dâasile.
Suspension des dĂ©cisions nĂ©gatives en matiĂšre dâasile et des renvois
Dâici Ă un changement de pratique, il convient de suspendre les dĂ©cisions nĂ©gatives en matiĂšre dâasile et les renvois de personnes turques requĂ©rantes dâasile qui font valoir ou ont fait valoir une poursuite peÌnale dans leur procĂ©dure dâasile.
Sâil sâavĂšre aprĂšs leur retour que les autoritĂ©s suisses nâont pas Ă©valuĂ© le risque de maniĂšre appropriĂ©e, les personnes concernĂ©es doivent pouvoir revenir rapidement en Suisse munies dâun visa humanitaire.

Eliane Engeler
Porte-parole
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