«Le bien-être des enfants doit toujours rester prioritaire»

17 août 2026

Les enfants réfugié·e·s sont vulnérables et ont particulièrement besoin de protection. Leur bien-être et leur développement sain doivent être une priorité absolue dans toutes les questions relatives à la procédure d’asile, à l’hébergement et à l’intégration. Nina Hössli, directrice des programmes suisses et membre de la direction de Save the Children, ainsi que coprésidente du Réseau suisse des droits de l’enfant, a accordé une interview à l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) à ce sujet. Save the Children est une organisation membre de l’OSAR depuis 2026.

Par Konstanze Burkard, Responsable Communication et Recherche de fonds de l’OSAR

Devoir quitter son foyer et s’exiler est une expĂ©rience dĂ©chirante qui survient souvent dans des circonstances dramatiques. Pour en enfant, quelles peuvent ĂŞtre les rĂ©percussions de cette Ă©preuve et de l’arrivĂ©e dans un environnement totalement Ă©tranger ?

Pour des enfants, l’exil peut être traumatisant. Cela signifie la perte de leur environnement familier et de leurs repères quotidiens, le risque de subir de la violence, la séparation ou le décès de parents proches. Ce parcours les marquera différemment en fonction de leur situation personnelle et de l’aide fournie.

Généralement, à leur arrivée dans le pays d’accueil, l’insécurité et les difficultés d’accès à une formation, aux loisirs et à l’aide psychosociale subsistent. Leur vulnérabilité est encore attisée par l’hébergement collectif non adapté, offrant peu d’intimité, de possibilités d’apprentissage, d’occasions de jouer et de contact avec des jeunes de leur âge. Leur accueil dans de telles structures ne doit donc pas se prolonger.

Le fardeau portĂ© par les enfants est d’autant plus lourd lorsque leurs parents sont fragiles psychologiquement ou si les jeunes doivent endosser des responsabilitĂ©s d’adultes comme servir d’interprètes ou traiter avec les autoritĂ©s. 

C’est pourquoi les enfants ont besoin de personnes de référence fiables, de conditions d’hébergement adaptées à leur âge, de possibilités de jouer et d’un accès rapide à la formation, à la participation sociale et à un soutien adéquat.

Quelles sont les difficultĂ©s particulières pour les enfants en exil sans leur famille, c’est-Ă -dire les personnes mineures non accompagnĂ©es ? 

Les personnes mineures non accompagnĂ©es sont souvent tiraillĂ©es de toute part. Beaucoup ont vĂ©cu la violence, la perte, et se font du souci pour les parents. Ă€ cela s’ajoutent les difficultĂ©s habituelles de l’adolescence, comme la recherche de leur identitĂ©, l’orientation professionnelle et l’intĂ©gration sociale. Les obstacles linguistiques et culturels ainsi que l’incertitude autour de leur statut de sĂ©jour noircissent encore le tableau. Par ailleurs, l’encadrement dans les hĂ©bergements collectifs correspond rarement aux normes rĂ©gissant l’hĂ©bergement extrafamilial des enfants et des jeunes. 

Les personnes mineures non accompagnĂ©es ont besoin d’un encadrement de confiance, de structures d’accueil encourageantes et d’un soutien psychologique. Elles doivent aussi pouvoir organiser leur quotidien et bĂ©nĂ©ficier d’offres de formation et d’apprentissage suffisantes. 

Quels sont les droits qui protègent les enfants des consĂ©quences graves de l’exil et favorisent leur bien-ĂŞtre ? OĂą ces droits sont-ils inscrits ?

La Convention relative aux droits de l’enfant concerne chaque enfant, indĂ©pendamment de son origine ou de son statut de sĂ©jour. Elle lui garantit une protection, une formation, l’accès aux soins de santĂ© et la participation. L’exil ne doit pas priver les enfants de leurs droits. Le bien-ĂŞtre de l’enfant doit absolument prĂ©valoir dans toutes les dĂ©cisions et ces droits doivent aussi ĂŞtre respectĂ©s dans le système de l’asile suisse. La Constitution fĂ©dĂ©rale protège Ă©galement tout particulièrement l’intĂ©gritĂ© des enfants et soutient leur dĂ©veloppement. 

Comment la Suisse garantit-elle le respect de ces droits et sur quels points faut-il agir ?

Même si la Suisse a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant, un fossé sépare les bonnes intentions de la réalité. Les enfants réfugié·e·s ont besoin d’un hébergement et d’un encadrement adaptés, de stabilité et de décisions privilégiant leur bien-être. Le monde politique doit aussi intervenir, par exemple en adaptant l’aide sociale aux besoins des enfants réfugié·e·s et de leur famille.

Que deviennent les enfants au moment de leur majoritĂ© ? 

La protection inscrite dans la Convention relative aux droits de l’enfant cesse lorsque la personne atteint 18 ans, alors que beaucoup de jeunes restent vulnĂ©rables. C’est pourquoi, prĂ©cisĂ©ment dans le domaine de l’asile, une transition douce vers le monde adulte devrait remplacer la coupure brutale du système. Les mesures de protection et d’aide ne doivent pas ĂŞtre rĂ©duites du jour au lendemain quand les personnes mineures, en particulier non accompagnĂ©es, atteignent leur majoritĂ©. L’assistance devrait toujours ĂŞtre adaptĂ©e aux besoins effectifs. 

En tant que citoyennes et citoyens, que pouvons-nous faire pour que les enfants rĂ©fugié·e·s en Suisse trouvent la sĂ©curitĂ© qui leur permettra de participer Ă  la sociĂ©tĂ© ?

La sociĂ©tĂ© civile peut largement contribuer Ă  la participation sociale des enfants et des jeunes personnes rĂ©fugiĂ©es. Il est important qu’elles puissent rencontrer des jeunes de leur âge, aussi en dehors des structures d’asile. L’école, les associations, les maisons de quartier et les loisirs sont autant de possibilitĂ©s simples qui permettent, mĂŞme aux parents, de s’épanouir et de se sociabiliser, Ă  condition que les obstacles financiers, linguistiques et organisationnels soient aussi limitĂ©s que possible. 

Tout le monde a besoin d’organiser notre vie. C’est une clĂ© du bien-ĂŞtre. Et chaque enfant a un droit de participation. C’est pourquoi les enfants rĂ©fugié·e·s, au mĂŞme titre que les jeunes et les personnes adultes rĂ©fugiĂ©es, doivent ĂŞtre considĂ©ré·e·s comme des personnes Ă  part entière avec leurs propres capacitĂ©s, ressources et intĂ©rĂŞts, par exemple en les interrogeant sur leurs besoins et en tenant compte de leur avis dans les dĂ©cisions. 

Enfin, la participation sociale passe aussi par la sensibilisation à tous les niveaux contre les préjugés et les exclusions.

Nina Hössli est responsable des programmes suisses chez Save the Children depuis 2019 et fait partie de la direction depuis 2025. Depuis 2026, elle est également coprésidente du Réseau suisse des droits de l'enfant. Elle a étudié la sociologie, la psychologie et les sciences des religions, et a suivi les formations CAS « Civilian Peacebuilding » et CAS « Leadership et collaboration dans les organisations à but non lucratif ».

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