Par Konstanze Burkard, Responsable Communication et Recherche de fonds de l’OSAR
Devoir quitter son foyer et s’exiler est une expérience déchirante qui survient souvent dans des circonstances dramatiques. Pour en enfant, quelles peuvent être les répercussions de cette épreuve et de l’arrivée dans un environnement totalement étranger ?
Pour des enfants, l’exil peut être traumatisant. Cela signifie la perte de leur environnement familier et de leurs repères quotidiens, le risque de subir de la violence, la séparation ou le décès de parents proches. Ce parcours les marquera différemment en fonction de leur situation personnelle et de l’aide fournie.
Généralement, à leur arrivée dans le pays d’accueil, l’insécurité et les difficultés d’accès à une formation, aux loisirs et à l’aide psychosociale subsistent. Leur vulnérabilité est encore attisée par l’hébergement collectif non adapté, offrant peu d’intimité, de possibilités d’apprentissage, d’occasions de jouer et de contact avec des jeunes de leur âge. Leur accueil dans de telles structures ne doit donc pas se prolonger.
Le fardeau porté par les enfants est d’autant plus lourd lorsque leurs parents sont fragiles psychologiquement ou si les jeunes doivent endosser des responsabilités d’adultes comme servir d’interprètes ou traiter avec les autorités.
C’est pourquoi les enfants ont besoin de personnes de référence fiables, de conditions d’hébergement adaptées à leur âge, de possibilités de jouer et d’un accès rapide à la formation, à la participation sociale et à un soutien adéquat.
Quelles sont les difficultés particulières pour les enfants en exil sans leur famille, c’est-à -dire les personnes mineures non accompagnées ?
Les personnes mineures non accompagnées sont souvent tiraillées de toute part. Beaucoup ont vécu la violence, la perte, et se font du souci pour les parents. À cela s’ajoutent les difficultés habituelles de l’adolescence, comme la recherche de leur identité, l’orientation professionnelle et l’intégration sociale. Les obstacles linguistiques et culturels ainsi que l’incertitude autour de leur statut de séjour noircissent encore le tableau. Par ailleurs, l’encadrement dans les hébergements collectifs correspond rarement aux normes régissant l’hébergement extrafamilial des enfants et des jeunes.
Les personnes mineures non accompagnées ont besoin d’un encadrement de confiance, de structures d’accueil encourageantes et d’un soutien psychologique. Elles doivent aussi pouvoir organiser leur quotidien et bénéficier d’offres de formation et d’apprentissage suffisantes.
Quels sont les droits qui protègent les enfants des conséquences graves de l’exil et favorisent leur bien-être ? Où ces droits sont-ils inscrits ?
La Convention relative aux droits de l’enfant concerne chaque enfant, indépendamment de son origine ou de son statut de séjour. Elle lui garantit une protection, une formation, l’accès aux soins de santé et la participation. L’exil ne doit pas priver les enfants de leurs droits. Le bien-être de l’enfant doit absolument prévaloir dans toutes les décisions et ces droits doivent aussi être respectés dans le système de l’asile suisse. La Constitution fédérale protège également tout particulièrement l’intégrité des enfants et soutient leur développement.
Comment la Suisse garantit-elle le respect de ces droits et sur quels points faut-il agir ?
Même si la Suisse a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant, un fossé sépare les bonnes intentions de la réalité. Les enfants réfugié·e·s ont besoin d’un hébergement et d’un encadrement adaptés, de stabilité et de décisions privilégiant leur bien-être. Le monde politique doit aussi intervenir, par exemple en adaptant l’aide sociale aux besoins des enfants réfugié·e·s et de leur famille.
Que deviennent les enfants au moment de leur majorité ?
La protection inscrite dans la Convention relative aux droits de l’enfant cesse lorsque la personne atteint 18 ans, alors que beaucoup de jeunes restent vulnérables. C’est pourquoi, précisément dans le domaine de l’asile, une transition douce vers le monde adulte devrait remplacer la coupure brutale du système. Les mesures de protection et d’aide ne doivent pas être réduites du jour au lendemain quand les personnes mineures, en particulier non accompagnées, atteignent leur majorité. L’assistance devrait toujours être adaptée aux besoins effectifs.
En tant que citoyennes et citoyens, que pouvons-nous faire pour que les enfants réfugié·e·s en Suisse trouvent la sécurité qui leur permettra de participer à la société ?
La société civile peut largement contribuer à la participation sociale des enfants et des jeunes personnes réfugiées. Il est important qu’elles puissent rencontrer des jeunes de leur âge, aussi en dehors des structures d’asile. L’école, les associations, les maisons de quartier et les loisirs sont autant de possibilités simples qui permettent, même aux parents, de s’épanouir et de se sociabiliser, à condition que les obstacles financiers, linguistiques et organisationnels soient aussi limités que possible.
Tout le monde a besoin d’organiser notre vie. C’est une clé du bien-être. Et chaque enfant a un droit de participation. C’est pourquoi les enfants réfugié·e·s, au même titre que les jeunes et les personnes adultes réfugiées, doivent être considéré·e·s comme des personnes à part entière avec leurs propres capacités, ressources et intérêts, par exemple en les interrogeant sur leurs besoins et en tenant compte de leur avis dans les décisions.
Enfin, la participation sociale passe aussi par la sensibilisation à tous les niveaux contre les préjugés et les exclusions.
Nina Hössli est responsable des programmes suisses chez Save the Children depuis 2019 et fait partie de la direction depuis 2025. Depuis 2026, elle est également coprésidente du Réseau suisse des droits de l'enfant. Elle a étudié la sociologie, la psychologie et les sciences des religions, et a suivi les formations CAS « Civilian Peacebuilding » et CAS « Leadership et collaboration dans les organisations à but non lucratif ».

