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Pas de fausses solutions pour l’Érythrée

28 mai 2024

Des affrontements au sein de la diaspora érythréenne suscitent l’inquiétude politique au Palais fédéral. Les personnes réfugiées d’Érythrée qui se montrent violentes et soutiennent le régime érythréen devraient pouvoir être sanctionnées. C’est ce que réclame une motion soumise par le conseiller aux États Andrea Caroni (PLR, Appenzell Rodes-Intérieures) et approuvée par le Conseil national lors de sa session de printemps. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) rappelle toutefois qu’il est impossible de procéder à des rapatriements sous contrainte vers l’Érythrée. En outre, cette motion n’est pas pertinente, car bien souvent ces partisanes et partisans du régime érythréen vivent en Suisse et ont été naturalisé·e·s depuis longtemps.

Le 24 mai marque la fĂŞte nationale de l’ÉrythrĂ©e et pour la première fois, la ConfĂ©rence des directrices et directeurs des dĂ©partements cantonaux de justice et police (CCDJP) a mis en garde les villes et les communes concernant de possibles incidents violents entre partisan·e·s et opposant·e·s du rĂ©gime dans le cadre des « festivals culturels Ă©rythrĂ©ens Â». Sous la Coupole, pendant la session d’étĂ©, une intervention a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e demandant des mesures plus sĂ©vères Ă  l’encontre des partisanes et partisans du rĂ©gime qui commettent des actes de violence. Concrètement, l’adoption de la motion Caroni signifierait qu’une dĂ©cision de renvoi pourrait ĂŞtre rendue Ă  l’encontre de ces personnes rĂ©fugiĂ©es. Comme l’a cependant fait observer le Conseil fĂ©dĂ©ral dans son avis sur cette motion, une telle sanction est dĂ©jĂ  prĂ©vue dans le droit des Ă©trangers en vigueur.

Les rapatriements sous contrainte vers l’Érythrée sont impossibles

L’OSAR se mobilise pour qu’aucune décision de renvoi ne soit rendue à l’encontre de personnes qui ont fui l’Érythrée. En effet, étant donné que le régime de ce pays de la Corne de l’Afrique n’accepte aucun renvoi forcé depuis plusieurs dizaines d’années, les rapatriements sous contrainte y sont impossibles. Pourtant, les pratiques de renvoi concernant les Érythréennes et les Érythréens ont déjà fait l’objet d’un durcissement. De plus en plus de personnes concernées doivent donc demander l’aide d’urgence et vivre dans une situation particulièrement précaire. L’OSAR estime qu’il faudrait plutôt aller dans la direction inverse, c’est-à-dire améliorer les possibilités de régularisation du séjour pour les personnes durablement empêchées de retourner dans leur pays d’origine.

Les origines d’une diaspora divisée

Les conflits qui ont émaillé la Suisse, notamment au début du mois d’avril à Gerlafingen, dans le canton de Soleure, ou à Opfikon, dans le canton de Zurich, révèlent une profonde division au sein de la diaspora érythréenne en Suisse.

Les ÉrythrĂ©ennes et les ÉrythrĂ©ens qui cĂ©lèbrent le rĂ©gime en place sont gĂ©nĂ©ralement des personnes qui ont fui leur pays pendant la guerre d’indĂ©pendance contre l’Éthiopie, dans les annĂ©es 1990, pour se rĂ©fugier en Suisse. Ă€ l’époque, elles ont obtenu le statut de personne rĂ©fugiĂ©e ou ont Ă©tĂ© admises provisoirement en raison des persĂ©cutions politiques. Aujourd’hui, nombre d’entre elles sont dĂ©tentrices d’un passeport helvĂ©tique et vivent en Suisse depuis de nombreuses annĂ©es. Le prĂ©sident de longue date, Isaias Afewerki, a Ă©tĂ© l’une des principales figures du conflit des annĂ©es 1990 pour l’indĂ©pendance, un combattant pour la libertĂ© faisant face Ă  la rĂ©pression Ă©thiopienne.

Les personnes qui ont fui l’ÉrythrĂ©e dans les annĂ©es 1990 n’ont pas assistĂ© aux Ă©vĂ©nements des dĂ©cennies suivantes, ni Ă  la transformation d’Afewerki en dictateur. Depuis lors, le prĂ©sident de l’ÉrythrĂ©e dirige en effet son pays d’une main de fer : service national de plusieurs annĂ©es imposĂ© Ă  toute la population, incarcĂ©rations avec torture, etc.

Les ÉrythrĂ©ennes et ÉrythrĂ©ens arrivé·e·s plus tard ont dĂ» fuir leur pays Ă  cause de cette rĂ©pression et de ces persĂ©cutions perpĂ©trĂ©es par le rĂ©gime d’Afewerki. Ces personnes ont donc une autre vision de l’ÉrythrĂ©e et de son prĂ©sident. Ă€ leurs yeux, ces prĂ©tendus « festivals culturels Â» constituent une provocation, car c’est prĂ©cisĂ©ment Ă  cause de la rĂ©pression et des persĂ©cutions du rĂ©gime d’Afewerki qu’elles ont fui leur pays, et elles se heurtent aujourd’hui en Suisse Ă  des partisanes et des partisans de ce mĂŞme rĂ©gime.

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