Motifs d'exil
La guerre civile qui a ravagé le pays depuis 2011 a longtemps été le principal motif d'exil des Syrien·ne·s. Sous Assad, le gouvernement syrien poursuivait et torturait sans pitié les opposant·e·s politiques, les déserteurs et objecteurs de conscience grâce à des structures répressives et à un vaste réseau de services secrets. Dans le nord-est, dominé par les Forces syriennes kurdes (FDS), les opposant·e·s politiques, les personnes perçues comme affiliées à des groupes armés rivaux et les enfants étaient victimes d’arrestations arbitraires, de tortures et de recrutement forcé. D’autres groupes armés, tels que l'Armée nationale syrienne (ANS), soutenue par la Turquie et active dans le nord, à la frontière turque, et les islamistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) à Idlib, au nord-ouest du pays, persécutaient des personnes de l'opposition réelles ou présumées. Ces groupes armés, mais aussi la société syrienne en générale, étaient également responsables de graves abus contre les femmes et les filles.
Malgré les importants changements intervenus depuis décembre 2024, de nombreux groupes restent exposés à de sérieux risques en Syrie. Les anciens soutiens du régime, notamment les militaires et fonctionnaires, font l'objet d'arrestations arbitraires, de tortures et d'assassinats ciblés. Dans les zones kurdes, les opposant·e·s continuent d'être persécuté·e·s. Les minorités religieuses, en particulier les Alaouites et les Druzes, sont victimes de violences sectaires et de meurtres par vengeance. Les femmes restent exposées aux violences de genre et aux mariages forcés. Enfin, les personnes LGBTIQ+ font face à une répression accrue, avec des arrestations, des actes de torture et une criminalisation persistante de leur identité.
Retours en Syrie
D’après l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 13 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons depuis 2011. A la fin de l’année 2025, environ 3,9 millions de personnes, qui avaient quitté le pays en raison de la guerre, étaient encore enregistrées comme réfugiées dans les pays voisins, notamment en Turquie, au Liban et en Jordanie, où elles restaient exposées à un niveau élevé de discrimination et d'hostilité. L’offensive israélienne sur le Liban, débutée le 28 février 2026, a forcé environ 180 000 personnes réfugiées syrien·ne·s à fuir le Liban pour retourner en Syrie, rejoignant ainsi ceux et celles qui étaient déjà retournées au pays, malgré d’importantes difficultés.
Depuis décembre 2024, environ 1,5 million de personnes réfugiées syriennes, sur un total d’environ 5 millions, sont rentrées en Syrie depuis les pays voisins. A ces retours, il faut ajouter ceux de près de 2 millions de personnes déplacées internes. Ces retours restent toutefois précaires, notamment en raison de l'instabilité sécuritaire persistante et d’importantes difficultés d'accès aux services de base, aux documents juridiques et aux moyens de subsistance. À cela s'ajoutent de graves problèmes de propriété, de nombreuses maisons étant occupées ou des biens confisqués sans mécanisme juridique permettant de résoudre ces litiges. Le contexte économique et humanitaire aggrave encore la situation de ces personnes retournées. Depuis 2011, l'économie s'est contractée de plus de 50 % et neuf Syrien·ne·s sur dix vivent dans la pauvreté. L’ONU estime qu’en 2026, quelques 16,5 millions de Syrien·ne·s nes auront besoin d'une aide humanitaire. Dans un pays où moins de 60 % des hôpitaux sont pleinement opérationnels et où près d'un tiers des habitations ont été détruites ou gravement endommagées, aucune reconstruction significative n'a encore véritablement débuté.
Demandes d'asile en Suisse
Ces dernières années, la Syrie a été l'un des principaux pays de provenance des personnes requérantes d'asile en Suisse. En 2025, 928 ressortissant·e·s syrien·ne·s ont déposé une demande d'asile, un chiffre en baisse de plus d’un tiers comparé aux 1438 demandes de 2024 ou aux 1417 demandes de l’année 2023.
Pratique des autorités suisses
Le 17 avril 2026, le SEM a annoncé la reprise, dès le mois de mai, de l’examen des demandes d’asile émanant de ressortissants syriens, alors que les procédures étaient suspendues depuis décembre 2024. L’OSAR salue cette décision, qui devrait mettre fin à l’incertitude prolongée dans laquelle de nombreux Syriens et de nombreuses Syriennes ont été plongés. Selon l’OSAR, la situation de persécution de nombreuses minorités syriennes était suffisamment manifeste depuis longtemps pour statuer sur des demandes qui, selon toute vraisemblance, auraient dû être approuvées. En revanche, l’OSAR considère comme prématurée la décision du SEM de prononcer des renvois en présence de « circonstances favorables ». La Suisse doit impérativement continuer de protéger ces personnes contre la guerre et la violence par le biais de l’admission provisoire.
Taux de protection
En Suisse, la guerre civile n'est pas considérée comme un motif suffisant pour l'octroi de l'asile, car il n'y a pas de persécution ciblée (art. 3 LAsi). En règle générale, les personnes déplacées en raison d'une guerre civile se voient accorder une admission provisoire (permis F). C'était le cas pour une grande partie des Syrien·ne·s.
Selon les chiffres du SEM, parmi les demandes d'asile réglées en 2025, l'asile a été accordé dans 52,8 % des cas (le taux d'asile corrigé sans les décisions de non-entrée en matière (NEM) était de 69,1 %). Le taux de protection, qui se compose des octrois d'asile et des admissions provisoires, était de 69,1% (90,4 % en données corrigées).
Notre engagement
L’OSAR salue l’intention du SEM de reprendre l’examen des demandes d’asile de personnes syriennes dès le mois de mai. Cependant, l’OSAR juge les renvois en Syrie globalement inexigibles au vu du contexte actuel et considère que la décision du SEM de prononcer le renvoi s’il existe des circonstances favorables est prématurée. Selon l’OSAR, il est impératif d’octroyer l’asile au plus vite aux personnes présentant des profils à risque évidents. Pour les autres, il convient de garantir une application large et systématique de l’admission provisoire.
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