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Syrie

Avec plus de 13 millions de personnes déplacées, la guerre civile en Syrie a entraîné un important exode. En Suisse et en Europe, la Syrie a fait partie des principaux pays de provenance des personnes requérantes d'asile ces dernières années. Le 8 décembre 2024, le dictateur Bachar al-Assad a été renversé à la surprise générale par le groupe islamiste Hayat Tahrir Al-Sham (HTS), avec à sa tête Ahmed al-Sharaa, et des groupes rebelles alliés. Nommé président du gouvernement de transition en mars 2025, Ahmed al-Sharaa a depuis consolidé son emprise sur le pays, parvenant notamment à reprendre, début 2026, le contrôle de territoires kurdes dans le nord-est du pays. Malgré d’indéniables améliorations, les conditions de sécurité restent volatiles et les violations des droits humains persistent, en particulier dans les régions habitées par les minorités ethniques.

Motifs d'exil

La guerre civile qui a ravagĂ© le pays depuis 2011 a longtemps Ă©tĂ© le principal motif d'exil des Syrien·ne·s. Sous Assad, le gouvernement syrien poursuivait et torturait sans pitiĂ© les opposant·e·s politiques, les dĂ©serteurs et objecteurs de conscience grâce Ă  des structures rĂ©pressives et Ă  un vaste rĂ©seau de services secrets. Dans le nord-est, dominĂ© par les Forces syriennes kurdes (FDS), les opposant·e·s politiques, les personnes perçues comme affiliĂ©es Ă  des groupes armĂ©s rivaux et les enfants Ă©taient victimes d’arrestations arbitraires, de tortures et de recrutement forcĂ©. D’autres groupes armĂ©s, tels que l'ArmĂ©e nationale syrienne (ANS), soutenue par la Turquie et active dans le nord, Ă  la frontière turque, et les islamistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) Ă  Idlib, au nord-ouest du pays, persĂ©cutaient des personnes de l'opposition rĂ©elles ou prĂ©sumĂ©es. Ces groupes armĂ©s, mais aussi la sociĂ©tĂ© syrienne en gĂ©nĂ©rale, Ă©taient Ă©galement responsables de graves abus contre les femmes et les filles. 

Malgré les importants changements intervenus depuis décembre 2024, de nombreux groupes restent exposés à de sérieux risques en Syrie. Les anciens soutiens du régime, notamment les militaires et fonctionnaires, font l'objet d'arrestations arbitraires, de tortures et d'assassinats ciblés. Dans les zones kurdes, les opposant·e·s continuent d'être persécuté·e·s. Les minorités religieuses, en particulier les Alaouites et les Druzes, sont victimes de violences sectaires et de meurtres par vengeance. Les femmes restent exposées aux violences de genre et aux mariages forcés. Enfin, les personnes LGBTIQ+ font face à une répression accrue, avec des arrestations, des actes de torture et une criminalisation persistante de leur identité.

Retours en Syrie

D’après l’Agence des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR), plus de 13 millions de personnes ont Ă©tĂ© contraintes de fuir leurs maisons depuis 2011. A la fin de l’annĂ©e 2025, environ 3,9 millions de personnes, qui avaient quittĂ© le pays en raison de la guerre, Ă©taient encore enregistrĂ©es comme rĂ©fugiĂ©es dans les pays voisins, notamment en Turquie, au Liban et en Jordanie, oĂą elles restaient exposĂ©es Ă  un niveau Ă©levĂ© de discrimination et d'hostilitĂ©. L’offensive israĂ©lienne sur le Liban, dĂ©butĂ©e le 28 fĂ©vrier 2026, a forcĂ© environ 180 000 personnes rĂ©fugiĂ©es syrien·ne·s Ă  fuir le Liban pour retourner en Syrie, rejoignant ainsi ceux et celles qui Ă©taient dĂ©jĂ  retournĂ©es au pays, malgrĂ© d’importantes difficultĂ©s.

Depuis décembre 2024, environ 1,5 million de personnes réfugiées syriennes, sur un total d’environ 5 millions, sont rentrées en Syrie depuis les pays voisins. A ces retours, il faut ajouter ceux de près de 2 millions de personnes déplacées internes. Ces retours restent toutefois précaires, notamment en raison de l'instabilité sécuritaire persistante et d’importantes difficultés d'accès aux services de base, aux documents juridiques et aux moyens de subsistance. À cela s'ajoutent de graves problèmes de propriété, de nombreuses maisons étant occupées ou des biens confisqués sans mécanisme juridique permettant de résoudre ces litiges. Le contexte économique et humanitaire aggrave encore la situation de ces personnes retournées. Depuis 2011, l'économie s'est contractée de plus de 50 % et neuf Syrien·ne·s sur dix vivent dans la pauvreté. L’ONU estime qu’en 2026, quelques 16,5 millions de Syrien·ne·s nes auront besoin d'une aide humanitaire. Dans un pays où moins de 60 % des hôpitaux sont pleinement opérationnels et où près d'un tiers des habitations ont été détruites ou gravement endommagées, aucune reconstruction significative n'a encore véritablement débuté.

Demandes d'asile en Suisse

Ces dernières annĂ©es, la Syrie a Ă©tĂ© l'un des principaux pays de provenance des personnes requĂ©rantes d'asile en Suisse. En 2025, 928 ressortissant·e·s syrien·ne·s ont dĂ©posĂ© une demande d'asile, un chiffre en baisse de plus d’un tiers comparĂ© aux 1438 demandes de 2024 ou aux 1417 demandes de l’annĂ©e 2023.  

Pratique des autorités suisses

Le 17 avril 2026, le SEM a annoncĂ© la reprise, dès le mois de mai, de l’examen des demandes d’asile Ă©manant de ressortissants syriens, alors que les procĂ©dures Ă©taient suspendues depuis dĂ©cembre 2024. L’OSAR salue cette dĂ©cision, qui devrait mettre fin Ă  l’incertitude prolongĂ©e dans laquelle de nombreux Syriens et de nombreuses Syriennes ont Ă©tĂ© plongĂ©s. Selon l’OSAR, la situation de persĂ©cution de nombreuses minoritĂ©s syriennes Ă©tait suffisamment manifeste depuis longtemps pour statuer sur des demandes qui, selon toute vraisemblance, auraient dĂ» ĂŞtre approuvĂ©es. En revanche, l’OSAR considère comme prĂ©maturĂ©e la dĂ©cision du SEM de prononcer des renvois en prĂ©sence de « circonstances favorables Â». La Suisse doit impĂ©rativement continuer de protĂ©ger ces personnes contre la guerre et la violence par le biais de l’admission provisoire.

Taux de protection

En Suisse, la guerre civile n'est pas considĂ©rĂ©e comme un motif suffisant pour l'octroi de l'asile, car il n'y a pas de persĂ©cution ciblĂ©e (art. 3 LAsi). En règle gĂ©nĂ©rale, les personnes dĂ©placĂ©es en raison d'une guerre civile se voient accorder une admission provisoire (permis F). C'Ă©tait le cas pour une grande partie des Syrien·ne·s.

Selon les chiffres du SEM, parmi les demandes d'asile réglées en 2025, l'asile a été accordé dans 52,8 % des cas (le taux d'asile corrigé sans les décisions de non-entrée en matière (NEM) était de 69,1 %). Le taux de protection, qui se compose des octrois d'asile et des admissions provisoires, était de 69,1% (90,4 % en données corrigées).

Notre engagement

L’OSAR salue l’intention du SEM de reprendre l’examen des demandes d’asile de personnes syriennes dès le mois de mai. Cependant, l’OSAR juge les renvois en Syrie globalement inexigibles au vu du contexte actuel et considère que la décision du SEM de prononcer le renvoi s’il existe des circonstances favorables est prématurée. Selon l’OSAR, il est impératif d’octroyer l’asile au plus vite aux personnes présentant des profils à risque évidents. Pour les autres, il convient de garantir une application large et systématique de l’admission provisoire.