Afghanistan

Afghanistan

Depuis la prise de pouvoir des talibans, la situation des droits humains en Afghanistan reste toujours aussi préoccupante. La situation humanitaire est catastrophique et celle des femmes et des filles est particulièrement précaire. Face à cette crise humanitaire, l’aide d’urgence et la mise en place de voies de migration sûres sont essentielles. L'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) milite en faveur de visas humanitaires pour les réfugiés afghans et d'un regroupement familial accéléré. Du point de vue de l'OSAR, les renvois vers l'Afghanistan doivent être considérés comme inacceptables par principe.

Motifs d'exil

Depuis leur prise de pouvoir en aoĂ»t 2021, les talibans ont aboli les structures dĂ©mocratiques et instaurĂ© la charia comme fondement juridique. Le gouvernement est composĂ© majoritairement d’hommes pachtounes ; les minoritĂ©s sont largement exclues et les femmes ne sont plus du tout reprĂ©sentĂ©es. Les droits fondamentaux sont systĂ©matiquement restreints, en particulier pour les femmes et les filles, dont l’accès Ă  l’éducation et au travail est fortement entravĂ©. Les professionnels des mĂ©dias ainsi que les dĂ©tracteurs sont exposĂ©s Ă  la rĂ©pression et Ă  la violence. 

En raison des attaques menĂ©es par des groupes de rĂ©sistance et du conflit avec le Pakistan, la situation sĂ©curitaire s'est Ă  nouveau dĂ©tĂ©riorĂ©e dans certaines rĂ©gions. On dĂ©plore des victimes civiles, des dĂ©placements de population et d'importants dĂ©gâts aux infrastructures civiles. 

La situation humanitaire reste catastrophique. En 2026, 22 millions de personnes, soit près de la moitiĂ© de la population, dĂ©pendent de l'aide humanitaire, alors qu'une part importante de l'aide internationale vient Ă  manquer. Les expulsions et le retour d'au moins cinq millions d'Afghan·e·s d'Iran et du Pakistan pèsent encore davantage sur des ressources locales dĂ©jĂ  limitĂ©es. De nombreuses personnes rapatriĂ©es ne disposent d’aucun moyen de subsistance viable et dĂ©pendent de l’aide extĂ©rieure. Les catastrophes naturelles rĂ©currentes, notamment les tremblements de terre et les inondations, aggravent la pauvretĂ© et dĂ©truisent des infrastructures dĂ©jĂ  fragiles ainsi que de prĂ©cieuses terres agricoles. Ces Ă©vĂ©nements exacerbent la situation d’approvisionnement dĂ©jĂ  prĂ©caire et touchent particulièrement durement les personnes dĂ©placĂ©es Ă  l’intĂ©rieur du pays et les personnes rapatriĂ©es.

Demandes d'asile en Suisse

En 2025, l’Afghanistan était, avec 6207 demandes, le principal pays d’origine des demandeurs d’asile en Suisse. Parmi celles-ci, 5351 étaient des demandes primaires et 856 des demandes secondaires, telles que des demandes liées à une naissance, à un regroupement familial ou à des demandes multiples. Alors que les demandes primaires sont déposées de manière indépendante, les demandes secondaires sont liées à une demande d'asile déjà déposée.

Pratique des autorités suisses

Compte tenu de la prise de pouvoir par les talibans, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) a annoncé en août 2021 la suspension provisoire des renvois vers l’Afghanistan et la suspension des retours. En juillet 2023, le SEM a adapté sa pratique concernant les requérant·e·s d’asile afghan·e·s. Depuis lors, les femmes et les filles afghanes ont en principe droit à l’asile après examen individuel de leur demande. Auparavant, elles recevaient généralement une décision d’asile négative assortie d’une admission provisoire, car l’exécution du renvoi était inexigible. En mars 2025, le SEM a élaboré une adaptation de sa pratique en matière d’asile, qui est entrée en vigueur le 14 avril 2025. Le SEM part du principe que, pour les hommes majeurs non vulnérables dont la procédure d’asile est en cours en Suisse, l’exécution du renvoi peut être ordonnée à titre exceptionnel si l’examen de la situation individuelle a montré qu’une réintégration socio-économique dans le pays d’origine est raisonnable et possible. Pour toutes les autres personnes, à l’exception des personnes ayant commis des infractions graves et/ou de celles qui constituent une menace pour la sécurité et l’ordre publics, l’exécution du renvoi vers l’Afghanistan est en principe inexigible.

Taux de protection

Selon les donnĂ©es du SEM, 6879 cas concernant des Afghan·e·s ont Ă©tĂ© traitĂ©s en 2025. 2844 ont obtenu l'asile et 1875 ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d'une admission provisoire. Selon les statistiques du SEM en matière d'asile, le taux d'octroi de l'asile s'Ă©lève Ă  43,1 % et le taux de protection – c'est-Ă -dire la somme des octrois d'asile et des admissions provisoires – s'Ă©lève Ă  71,4 %. Le taux d'octroi de l'asile ajustĂ© s'Ă©lève Ă  57,1 % et le taux de protection Ă  94,8 %.

Notre engagement

  • Aide humanitaire : la situation humanitaire en Afghanistan est extrĂŞmement prĂ©caire. La Suisse doit fournir une aide humanitaire et soutenir financièrement et matĂ©riellement les organisations internationales actives sur place. Il convient de renforcer le soutien aux pays voisins, l’Iran et le Pakistan, qui accueillent un grand nombre de personnes afghanes en quĂŞte de protection.
     
  • Voies de migration sĂ»res : grâce Ă  l'octroi de visas humanitaires et Ă  la possibilitĂ© de regroupements familiaux, le droit d'asile suisse offre dĂ©jĂ  des instruments concrets pour permettre aux personnes en quĂŞte de protection d'accĂ©der Ă  la Suisse de manière sĂ»re et lĂ©gale. La pratique actuelle en la matière est toutefois extrĂŞmement restrictive. La Suisse doit faciliter et accĂ©lĂ©rer l’octroi de visas humanitaires aux Afghan·e·s en danger, en particulier aux femmes et aux filles. L’OSAR demande en outre que le programme de rĂ©installation, suspendu en 2023, soit repris dès que possible. 
     
  • La protection plutĂ´t que les renvois. L’OSAR salue le fait que la Suisse accorde en principe l’asile aux femmes et aux filles afghanes, s’alignant ainsi sur d’autres pays europĂ©ens. Cette pratique doit absolument ĂŞtre maintenue. L’OSAR se montre en revanche critique Ă  l’égard du nouveau changement de pratique introduit par le SEM en mars 2025. Compte tenu de l'absence de structures Ă©tatiques et du rĂ©gime arbitraire rĂ©sultant de la grande marge de manĹ“uvre dont disposent certains membres des talibans, le risque de mauvais traitements ou d'autres violations des droits humains ne peut ĂŞtre exclu en cas de renvoi. Selon l'OSAR, les renvois vers l'Afghanistan doivent ĂŞtre considĂ©rĂ©s comme inacceptables par principe. En 2023, le Tribunal administratif fĂ©dĂ©ral (TAF) a demandĂ© au SEM d’examiner de manière plus approfondie la situation d’accueil des demandeurs d’asile afghans en Iran et au Pakistan, en accordant une attention particulière au risque liĂ© Ă  un renvoi vers l’Afghanistan.