LâarrĂȘt du 24 aoĂ»t 2023, publiĂ© le 8 septembre, porte sur lâexil dâun ex-procureur afghan et de sa famille vers le Pakistan. En fĂ©vrier 2022, la famille a dĂ©posĂ© une demande de visas humanitaires auprĂšs de lâambassade suisse sur place. Le SecrĂ©tariat dâĂtat aux migrations (SEM), compĂ©tent en la matiĂšre, a rejetĂ© les demandes en juillet 2022. Lâhomme et sa famille ont alors saisi le Tribunal administratif fĂ©dĂ©ral (TAF) dâun recours contre cette dĂ©cision.
Le TAF vient Ă prĂ©sent dâaccorder un visa pour des motifs humanitaires Ă la famille afghane. Dans son exposĂ© des motifs, le TAF considĂšre quâen tant quâancien procureur ayant coopĂ©rĂ© avec des organisations internationales et, selon ses propres dires, enquĂȘtĂ© notamment sur des affaires liĂ©es Ă des actes terroristes commis par des talibans, lâhomme Ă©tait exposĂ© Ă un risque accru de persĂ©cutions en Afghanistan, de mĂȘme que les membres de sa famille. Le Tribunal estime par ailleurs quâil existe un risque concret que les personnes concernĂ©es soient renvoyĂ©es sous contrainte depuis le Pakistan vers lâAfghanistan. Il convient donc, toujours selon le TAF, de supposer une mise en danger directe, sĂ©rieuse et concrĂšte de lâexistence et de lâintĂ©gritĂ© physique des personnes recourantes.
Un arrĂȘt qui doit ĂȘtre suivi dâune pratique plus souple
Si lâOrganisation suisse dâaide aux rĂ©fugiĂ©s (OSAR) salue cet arrĂȘt, il ne doit constituer Ă ses yeux que lâamorce dâune Ă©volution nĂ©cessaire de la pratique du SEM et du TAF vers une plus grande souplesse en matiĂšre de visas humanitaires. DâexpĂ©rience, lâOSAR constate que la pratique du SEM Ă cet Ă©gard reste trĂšs restrictive. LâOSAR sâengage en particulier pour que les procĂ©dures concernĂ©es soient traitĂ©es plus rapidement, tant au niveau du SEM que de la procĂ©dure de recours devant le TAF. En lâespĂšce, une annĂ©e et demie sâest Ă©coulĂ©e entre le dĂ©pĂŽt de la demande de visa humanitaire et lâadmission du recours.
Le constat selon lequel des personnes afghanes peuvent Ă©galement risquer dâĂȘtre persĂ©cutĂ©es par les talibans au Pakistan, le pays voisin, est particuliĂšrement pertinent dans ce cas concret. Il contraste avec la pratique actuelle de lâambassade suisse, qui part gĂ©nĂ©ralement du principe que les personnes originaires dâAfghanistan qui se trouvent au Pakistan vivent dĂ©jĂ dans un pays tiers considĂ©rĂ© comme sĂ»r. Ă cela sâajoute quâen raison des obstacles importants et dâun accĂšs inexistant ou difficile Ă la reprĂ©sentation juridique, les personnes demandant un visa humanitaire dans les pays voisins tels que le Pakistan nâattaquent que rarement la dĂ©cision du SEM.

