Motifs d'exil
L'Érythrée est une dictature répressive où les violations des droits humains sont monnaie courante. Hommes, femmes et même enfants sont enrôlés dans le service national pour une durée illimitée et y sont exposés à de graves exactions. Des organisations internationales font état de détentions et de tortures infligées aux déserteurs ou aux objecteurs de conscience, ainsi que de répressions à l'encontre de leurs familles.
Depuis la guerre dans la région éthiopienne du Tigré (2020-2022), les recrutements forcés ont considérablement augmenté. Face à la recrudescence des tensions avec l’Éthiopie, l’Érythrée a en outre proclamé une mobilisation nationale en février 2025.
Les opposant·e·s au régime, les journalistes et les membres de minorités religieuses sont persécuté·e·s par le gouvernement érythréen. A l’heure actuelle, plusieurs milliers de personnes sont détenues dans des conditions inhumaines. Parallèlement, le gouvernement tente de faire taire les voix critiques, y compris au sein de la diaspora. Mohamed Abdelsalam Babiker, rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Érythrée, fait ainsi état d’une intensification de la répression transnationale, qui se manifeste notamment par la surveillance, l’intimidation et le refus de fournir des services consulaires.
Demandes d'asile en Suisse
Selon les données du Secrétariat d'État aux migrations (SEM), l'Érythrée était, en 2025, le deuxième pays d'origine le plus représenté, avec 3415 demandes d'asile déposées. Parmi celles-ci, 2191 étaient des demandes primaires et 1224 des demandes secondaires, telles que des demandes liées à des naissances, des regroupements familiaux et des demandes multiples. Alors que les demandes primaires sont déposées de manière indépendante, les demandes secondaires sont liées à une demande d'asile déjà déposée.
Pratique des autorités suisses
Depuis 2016, les autorités suisses ont durci leur pratique en matière d’asile et de renvoi à l’égard des demandeurs·euses d’asile originaires d’Érythrée : ni le départ illégal ni la menace d’incorporation dans le service national ne conduisent aujourd’hui en soi à la reconnaissance du statut de réfugié. De plus, les autorités suisses considèrent en principe que l’exécution du renvoi vers l’Érythrée est raisonnable.
En l'absence de suivi des retours, on ignore généralement ce qu'il advient des personnes qui sont retournées en Érythrée. Dans un cas particulier documenté, le demandeur d'asile débouté « Yonas » a été arrêté et torturé après son retour en mai 2022. Il a par la suite réussi à s'enfuir à nouveau vers la Suisse, où il a obtenu l'asile dans le cadre de sa deuxième demande. Ce cas illustre le risque considérable que l’on court lorsque des décisions de renvoi sont rendues malgré un manque d’informations.
Obligation inacceptable d’obtenir un passeport
Les ressortissants érythréens admis à titre provisoire en Suisse en tant qu’étrangers doivent régulièrement présenter un passeport érythréen pour la conversion du permis F en permis B (autorisation pour cas de rigueur) ; il en va de même que pour la régularisation en cas de décision négative avec renvoi, pour le regroupement familial, pour des voyages justifiés, en cas de mariage ou d’autres changements d’état civil. Le consulat général d’Érythrée à Genève délivre des passeports – mais souvent uniquement contre la signature d’une « déclaration de repentir » et le versement de 2 % des revenus, l’ « impôt de la diaspora ». Avec la déclaration de repentir, les Érythréen·ne·s doivent signer un aveu de culpabilité et accepter expressément des sanctions pénales au motif qu’ils ou elles n’ont pas rempli leurs obligations nationales du point de vue de leur pays d’origine. En outre, les autorités érythréennes exigent des renseignements sur leurs proches restés au pays d’origine.
La plupart des Érythréen·ne·s en Suisse ont fui le régime répressif de leur pays d’origine, notamment pour échapper à un service national à durée indéterminée, à la conscription forcée ainsi qu’à de longues peines d’emprisonnement dans des conditions inhumaines. Il est donc inadmissible et inacceptable de leur demander, pour l’obtention d’un passeport, de signer cette déclaration de repentir, mettant ainsi en danger leur propre sécurité et celle de leurs proches restés au pays, ainsi que de payer la « taxe de la diaspora ».
Dans ce contexte, il est réjouissant que le Tribunal fédéral ait estimé, dans son arrêt 2C_64/2025 du 20 novembre 2025, qu’il n’était pas admissible d’exiger la signature d’une déclaration de repentir pour l’obtention d’une autorisation pour cas de rigueur (autorisation B).
L’OSAR salue cet arrêt, dans lequel le Tribunal fédéral confirme ce qu’elle réclamait depuis longtemps. L’OSAR plaide en outre pour que l’obligation d’obtenir un passeport soit également levée pour toutes les autres situations, telles que le regroupement familial, les voyages à l’étranger ou le mariage. Elle continuera à suivre de près la pratique concernant les personnes originaires d’Érythrée.
Taux de protection
La majorité des demandeurs d’asile originaires d’Érythrée obtiennent en Suisse soit le statut de réfugié, soit une admission provisoire. Selon le SEM, en 2025, sur 3230 cas traités, 1417 Érythréen·ne·s ont obtenu l’asile et 438 autres personnes ont été admises à titre provisoire. Le taux de protection – c'est-à -dire la somme des octrois d'asile et des admissions provisoires – s'élève ainsi à 59 % pour l'année 2025. Le taux d'octroi d'asile ajusté est de 62,8 %, le taux de protection ajusté de 82,2 %.
Les autorités érythréennes n'acceptant pas les renvois forcés, les décisions de renvoi ne peuvent être exécutées. Pour les personnes concernées, cela signifie une vie sous le régime de l'aide d'urgence dans des conditions extrêmement précaires en Suisse.
Notre engagement
Les évolutions récentes et les informations disponibles doivent être suffisamment pris en compte dans les décisions d'asile : depuis 2016, le départ illégal et la menace de recrutement forcé ne conduisent plus automatiquement à la reconnaissance du statut de réfugié pour les demandeurs·euses d'asile érythréen·ne·s. De plus, les autorités suisses considèrent en principe que l'exécution du renvoi vers le pays d'origine est raisonnable. Du point de vue de l'OSAR, ce durcissement de la pratique n'est pas justifié en raison de la situation problématique des droits humains dans le pays et du manque de certitude quant aux informations disponibles.
Le Comité des Nations Unies contre la torture a suspendu à plusieurs reprises des renvois de Suisse vers l’Érythrée au motif qu’ils violaient le principe de non-refoulement (décisions CAT n° 983/2020 du 9 mai 2023, n° 887/2018 du 22 juillet 2022, n° 914/2019 du 28 avril 2022, n° 872/2018 du 28 avril 2022, n° 916/2019 du 12 novembre 2021, n° 900/2018 du 22 juillet 2021). En outre, il ressort d’un arrêt récent du Tribunal fédéral (2C_64/2025 du 20 novembre 2025) qu’il n’existe pas d’informations actuelles, précises et factuelles sur l’Érythrée, notamment en ce qui concerne la situation et les risques encourus par les personnes qui retournent définitivement en Érythrée. La pratique suisse en matière d’asile et de renvoi concernant l’Érythrée doit mieux tenir compte du principe de protection. Lorsqu’une persécution relevant de l’asile est écartée ou ne peut être évaluée de manière définitive en raison du manque de certitude des informations disponibles, une admission provisoire doit donc être accordée.
Exemption de l'obligation d'obtenir un passeport : les ressortissant·e·s érythréen·ne·s qui ne sont pas reconnu·e·s comme réfugié·e·s en Suisse, mais qui bénéficient d'une admission provisoire ou qui ont reçu une décision négative avec renvoi et ne possèdent pas de passeport doivent, selon les autorités suisses, en demander un auprès du consulat général d'Érythrée à Genève pour obtenir certaines autorisations ou procéder à des changements d'état civil. Pour ce faire, elles doivent signer une « déclaration de repentir » et s’acquitter de la « taxe de la diaspora ». Selon un nouvel arrêt du Tribunal fédéral, cette obligation d’obtenir un passeport n’est pas admissible. L'OSAR demande que les autorités suisses compétentes appliquent cet arrêt dans le cadre des autorisations pour cas de rigueur et qu'elles renoncent également à l'obligation d'obtenir un passeport pour les personnes érythréennes dans toutes les autres situations (regroupement familial, voyages à l'étranger, mariage, etc.). À la place, un passeport pour étrangers doit leur être délivré.
Élargissement des possibilités de régularisation : les renvois forcés vers l’Érythrée ne sont pas réalisables. Malgré cela, la pratique en matière de renvoi a été durcie en Suisse. De plus en plus d’Érythréen·ne·s doivent donc recourir à l’aide d’urgence et vivent dans une situation particulièrement précaire. Les possibilités de régularisation du séjour des personnes qui ne peuvent pas retourner dans leur pays d’origine à long terme doivent être élargies.


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