Un droit d’ĂȘtre entendu discutable

24 juillet 2020

Dans un arrĂȘt du 1er juillet 2020, le Tribunal administratif fĂ©dĂ©ral (TAF) annule un refus de l’asile familial et invite le SecrĂ©tariat d’État aux migrations (SEM) d’accorder un nouveau droit d’ĂȘtre entendu.

Le cas concerne celui d’une femme d’origine tibĂ©taine, qui avait dĂ©posĂ© l’asile en Suisse en 2015. La requĂ©rante n’avait pas rĂ©ussi Ă  prouver que le lieu oĂč elle avait passĂ© l’essentiel de sa vie (lieu de socialisation) Ă©tait le Tibet et s’était donc vue rejetĂ©e sa demande d’asile par le SEM. En se basant sur une analyse linguistique, le SEM avait conclu que l’intĂ©ressĂ©e avait grandi en Inde ou au NĂ©pal au sein de la diaspora tibĂ©taine. Il lui a donc reprochĂ© de ne pas avoir collaborĂ© et a prononcĂ© son renvoi de la Suisse, en excluant le renvoi vers la Chine, du fait des risques de persĂ©cution. Cette dĂ©cision a Ă©tĂ© confirmĂ©e par le TAF.

Une « circonstance particuliĂšre » qui s’oppose Ă  l’octroi de l’asile familial

En 2019, cette mĂȘme femme s’est mariĂ©e en Suisse avec un rĂ©fugiĂ© tibĂ©tain. Elle a demandĂ© aux autoritĂ©s de lui accorder l’asile familial, autrement dit de l’inclure dans le statut de rĂ©fugiĂ© de son conjoint. Le SEM a une nouvelle fois rejetĂ© sa demande, toujours en raison de son manque de collaboration lors de sa premiĂšre procĂ©dure d’asile en 2015. La prĂ©sente affaire amĂšne le TAF Ă  tirer la conclusion suivante : le fait que le SEM ne puisse pas vĂ©rifier si la requĂ©rante tibĂ©taine dispose d’une autre nationalitĂ© que celle de son conjoint dĂ©jĂ  reconnu rĂ©fugiĂ© peut constituer une « circonstance particuliĂšre Â» qui s’oppose Ă  l’octroi de l’asile familial. Cependant, le SEM se devait, avant de se prononcer, d’accorder la possibilitĂ© Ă  la personne concernĂ©e de s’exprimer encore une fois sur son vĂ©ritable lieu de socialisation. Si la personne collabore cette fois-ci correctement, elle obtiendra l’asile familial. Si elle persiste Ă  ne pas collaborer, celui-ci lui sera refusĂ©. Or, selon le TAF, les conclusions du SEM, notamment sur le lieu de socialisation, ne peuvent ĂȘtre remises en question dans cette nouvelle procĂ©dure.

Les réfugiés tibétains dans l'impasse

Il en rĂ©sulte que la personne qui persistera Ă  dire qu’elle a Ă©tĂ© socialisĂ©e au Tibet se trouvera dans une vĂ©ritable impasse. En effet, le SEM pourra lui reprocher son manque de collaboration et supposer qu’elle possĂšde une autre nationalitĂ©, ce qui entraĂźnera le refus de l’asile familial. Au contraire, si elle avait dissimulĂ© et reconnaĂźt qu’elle a vĂ©cu plusieurs annĂ©es dans un autre pays, gĂ©nĂ©ralement l’Inde ou le NĂ©pal pour les TibĂ©tain-e-s, le SEM ne pourra pas lui reprocher son manque de collaboration initial et pourra donc lui accorder l’asile familial.

En conclusion, l’arrĂȘt du TAF – qui pourra s’appliquer Ă  d’autres situations analogues futures - conduit Ă  ce que l’asile familial soit rendu dans les faits quasi impossible aux personnes qui ont dit la vĂ©ritĂ© sur leur lieu de socialisation pendant la procĂ©dure d’asile mais qui n’ont pas Ă©tĂ© crues par les autoritĂ©s. En effet, pour les personnes d’origine tibĂ©taine, il est trĂšs difficile, voire impossible, d’apporter aprĂšs coup des preuves de socialisation au Tibet ou d’obtenir une piĂšce d’identitĂ© chinoise.

Dans le prĂ©sent cas, la TibĂ©taine n’est pas menacĂ©e d’expulsion, mĂȘme si le SEM devait Ă  nouveau lui refuser l’asile familial. Son mariage avec un rĂ©fugiĂ© lui donne droit Ă  une autorisation de sĂ©jour, selon la loi sur les Ă©trangers. Toutefois, si sa demande est Ă  nouveau rejetĂ©e, elle ne pourra jamais voyager Ă  l’étranger, faute de pouvoir obtenir un passeport national chinois ou tout autre document de voyage.  

 

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