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Renforcer l’engagement de la Suisse pour les rĂ©fugiĂ©s les plus vulnĂ©rables

22 février 2021

Dans les prochaines semaines, le Conseil fĂ©dĂ©ral prendra une dĂ©cision quant Ă  la poursuite de son programme de rĂ©installation. En Suisse, la rĂ©installation bĂ©nĂ©ficie d'un large soutien de la population. Par ailleurs, le nombre de demandes d'asile est faible et les structures d'accueil sont en place. Il est donc temps de renforcer l'engagement de la Suisse ! Car le nombre de personnes ayant besoin d'ĂȘtre rĂ©installĂ©es Ă  travers le monde ne cesse de croĂźtre.

Par Miriam Behrens, directrice de l’OSAR

L'annĂ©e derniĂšre, la Suisse n'a souhaitĂ© accueillir que 800 personnes rĂ©fugiĂ©es dans le cadre du programme de rĂ©installation du Haut Commissariat des Nations Unies pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR). Compte tenu de l’urgence au niveau international, ce chiffre est dĂ©risoire. En effet, selon le HCR, quelque 1,44 million de personnes rĂ©fugiĂ©es nĂ©cessitent d’ĂȘtre rĂ©installĂ©es, car elles ne peuvent ni retourner dans leur pays d'origine ni s’établir dans leur pays de premier accueil. Or, si les besoins ne cessent de croĂźtre, le nombre de places de rĂ©installation mises Ă  disposition a connu en revanche une baisse constante ces cinq derniĂšres annĂ©es. En 2020, moins de 23 000 personnes rĂ©fugiĂ©es Ă  travers le monde ont obtenu protection dans un nouveau pays grĂące au programme de rĂ©installation du HCR. Pour les autres, soit l’immense majoritĂ©, l’espoir de bĂ©nĂ©ficier d'une protection permanente dans un pays tiers reste vain. Nombreuses sont donc les personnes Ă  risquer leur vie sur les routes de l’exil pour rejoindre l'Europe, dont des femmes seules et des enfants mineurs non accompagnĂ©s. Cette situation est inacceptable.

La réinstallation : un programme pour les réfugiés les plus vulnérables

La rĂ©installation constitue une voie d’exil lĂ©gale et sĂ»re. Elle permet Ă  des personnes rĂ©fugiĂ©es reconnues d’obtenir une protection permanente dans un pays tiers sans avoir Ă  s'engager sur des routes dangereuses au pĂ©ril de leur vie. Aujourd'hui, plus de 80 pourcents des personnes rĂ©fugiĂ©es ont fui vers des pays voisins pour Ă©chapper Ă  des situations de crise. Or, nombre d'entre elles ont un accĂšs limitĂ© – voire aucun accĂšs du tout – aux services les plus Ă©lĂ©mentaires et sont privĂ©es de leurs droits fondamentaux. La probabilitĂ© de pouvoir un jour retourner chez elles en toute sĂ©curitĂ© est souvent extrĂȘmement faible. Le programme de rĂ©installation du HCR a Ă©tĂ© créé pour sortir de cette situation d’urgence les personnes rĂ©fugiĂ©es ayant un besoin de protection Ă©levĂ© et les rĂ©installer dans un pays tiers sĂ»r.

Face Ă  la pandĂ©mie de Covid-19, les personnes rĂ©fugiĂ©es sont particuliĂšrement exposĂ©es : elles vivent souvent dans des espaces bondĂ©s, bĂ©nĂ©ficient d’un accĂšs trĂšs limitĂ© aux infrastructures sanitaires et d’hygiĂšne, et n’ont que peu de moyens de se protĂ©ger du virus. Les programmes de rĂ©installation apparaissent donc d'autant plus urgents. Au-delĂ  des avantages qu’ils reprĂ©sentent pour les personnes concernĂ©es, ils revĂȘtent Ă©galement une importance stratĂ©gique majeure : ils contribuent Ă  la solidaritĂ© internationale et soulagent les pays de premier accueil, qui portent la plus grande charge en matiĂšre de protection des personnes rĂ©fugiĂ©es au niveau mondial. Les programmes contribuent Ă  maintenir les capacitĂ©s de protection et de prise en charge dans les pays d’accueil. Il est Ă©galement dans l'intĂ©rĂȘt de la Suisse de s’assurer que ces pays soient en mesure d’accueillir des personnes rĂ©fugiĂ©es sur le long terme. Par ailleurs, les programmes de rĂ©installation contribuent Ă  rĂ©duire la migration irrĂ©guliĂšre et Ă  lutter contre le commerce des passeurs.

Réinstallation 2022 - 2023 : le Conseil fédéral doit augmenter le contingent

Depuis 2013, la Suisse participe Ă  nouveau au programme de rĂ©installation du HCR. Jusqu’à dĂ©but 2020, elle a accueilli au total quelque 4300 personnes rĂ©fugiĂ©es particuliĂšrement vulnĂ©rables, principalement en provenance du Liban et de la Jordanie, qui Ă©taient touchĂ©es par le conflit en Syrie. Le 30 novembre 2018, le Conseil fĂ©dĂ©ral a dĂ©cidĂ© de poursuivre cet engagement de la Suisse. Pour la pĂ©riode 2020-2021, il a fixĂ© le 29 mai 2019 un contingent annuel de 800 places au maximum. L’Organisation suisse d’aide aux rĂ©fugiĂ©s (OSAR) salue ce pas important. Elle souligne Ă©galement la prĂ©paration minutieuse mise en en place pour l'accueil des personnes rĂ©fugiĂ©es par la ConfĂ©dĂ©ration, les cantons, les villes et les communes.

Toutefois, la Suisse peut et doit en faire plus que par le passĂ©. IdĂ©alement, il s’agit d’inscrire le programme de rĂ©installation dans la loi en tant qu’élĂ©ment constituant de la politique d'asile et migratoire et donc de s’y engager sur le long terme. Le concept actuel de rĂ©installation de la ConfĂ©dĂ©ration permet au Conseil fĂ©dĂ©ral de fixer au maximum un contingent de 2000 rĂ©fugiĂ©-e-s tous les deux ans. L’OSAR est d’avis que le Conseil fĂ©dĂ©ral se doit d’exploiter pleinement ce contingent limitĂ© au moment de fixer au printemps le nombre de personnes Ă  accueillir pour les annĂ©es 2022 et 2023. Car l'Ă©cart entre les besoins au niveau international en matiĂšre de rĂ©installation et le nombre de places disponibles ne cesse de s'accroĂźtre. Compte tenu de la forte demande, du faible nombre de demandes d'asile et du large soutien dont bĂ©nĂ©ficie le programme de rĂ©installation parmi la population, l'admission de 1000 personnes rĂ©fugiĂ©es par an constitue un minimum.

Il s’agit notamment d'augmenter les admissions de groupes de personnes rĂ©fugiĂ©es en provenance des rĂ©gions en crise situĂ©es le long des routes de l’exil. Les enfants non accompagnĂ©s, les mĂšres seules avec enfants, les personnes en situation de handicap et les personnes LGBTQI sont Ă  considĂ©rer comme prioritaires.

Renforcer l'aide d'urgence en cas de crise

La Suisse rĂ©serve une partie de ses contingents afin de pouvoir offrir protection efficacement et rapidement aux personnes rĂ©fugiĂ©es en cas de crise aiguĂ« et pour les cas de rigueur. Le Conseil fĂ©dĂ©ral devrait faire davantage usage de cette possibilitĂ©. Entre 2018 et 2019, la Suisse a ainsi accueilli 115 personnes rĂ©fugiĂ©es, sauvĂ©es de Libye et amenĂ©es au Niger, dont des mineur-e-s non accompagnĂ©-e-s. BloquĂ©es en Libye, ces personnes  subissaient pour la plupart des violations extrĂȘmes des droits humains, telles que torture, viol et esclavage. L’OSAR salue cet engagement, qui devrait ĂȘtre renouvelĂ© et Ă©tendu rapidement.

Il appartient maintenant au Conseil fĂ©dĂ©ral de dĂ©terminer l'engagement de la Suisse en matiĂšre de rĂ©installation pour les annĂ©es Ă  venir. J'espĂšre vivement qu’au moment de prendre une dĂ©cision, il respectera la tradition humanitaire de la Suisse et offrira aux personnes rĂ©fugiĂ©es et Ă  leur famille des perspectives d’avenir et une chance de vivre dans la sĂ©curitĂ©. Ici avec nous.

90 ans d'OSAR – 90 ans de protection des personnes rĂ©fugiĂ©es